RIRE CONTRE , RIRE AVEC…

Publié le par Michel Boissard

                                                           RIRE CONTRE , RIRE AVEC…

 

Reprise le 17 janvier 2006 au Théâtre de Nîmes dans une mise en scène nouvelle de Jérôme Deschamps, cent cinquante ans après sa création sur la scène du Palais Royal, « L’Affaire de la rue de Lourcine » est l’une des cent soixante treize pièces de Labiche. Et l’un de ses chefs d’œuvres ! Avec « Boubouroche » de Courteline, « Ubu roi »  de Jarry, « Madame Sans-Gêne » de Victorien Sardou, sans oublier les  opus  signés Feydeau, Flers et Caillavet, Tristan Bernard, Alphonse Allais, elle appartient au florilège du « Théâtre pour rire »  qui, entre 1850 et 1914, invente le vaudeville.  A découvrir (ou à relire) la percutante anthologie publiée chez  Omnibus et présentée par Henry Gidel, on conclut que Marcel Pagnol  s’est trompé. Dieu n’a pas « donné le rire aux hommes pour les consoler d’être intelligents » ( Le Schpountz ). Mais tout au contraire parce qu’ils le sont. Bergson l’a fort bien dit : « Pour produire tout son effet, le comique exige une anesthésie du cœur. Il s’adresse à l’intelligence pure. » C’était déjà le cas au siècle de Périclès dans l’Athènes d’Aristophane.  A Epidaure, le public riait contre  et riait avec. Au XIXè siècle, dans le Paris  de la bourgeoisie conquérante  et repue, le comique est volontiers satirique, grinçant, corrosif.  La cupidité et la bêtise de Nonancourt, pépiniériste à Charentonneau, qui marie sa fille au rentier Fadinard (« Un chapeau de paille d’Italie »), sont germaines du cynisme et de la cruauté de l’hénaurme  Ubu ! Mécanique et spasmodique chez Feydeau (« La main passe »), le rire est aussi  tendre, moqueur, ironique chez Courteline, jubilatoire  du côté de Flers et Caillavet  (« L’âne de Buridan »). Et toujours le propre de l’homme.

 

                                                                                                                                                Michel Boissard

                                                             

                                                                                    Théâtre pour rire, de Labiche à Jarry, Omnibus, 2007, 27  euros      

 

Publié dans articles La Gazette

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