LE DOW JONES POUR EVANGILE

Publié le par Michel Boissard

                                                      LE DOW JONES  POUR EVANGILE

 

 

Toulousaine par l’exil de ses parents républicains espagnols, francilienne au travail, uzégeoise d’adoption, Lydie Salvayre construit depuis une quinzaine d’années une œuvre romanesque réaliste. Au sens nietzschéen du mot. Déchiffrant un réel riche de multiples déterminations, de possibles pluriels. N’hésitant pas en ces temps de conformisme intellectuel à manier le fouet de la satire. Combinant les deux manières, son  Portrait de l’écrivain en animal domestique  allie la verve corrosive d’Alfred Jarry au grossissement rabelaisien des situations et des caractères.  Tobold, le mâle héros de ce récit, c’est Ubu tout entier. Par l’enflure grotesque de  son  ego. Avec une touche d’Arturo Ui, le personnage de Brecht. D’abord, en raison d’un métier voisin de celui-ci : roi du hamburger ! Ensuite, par les traits de personnalité. Assoiffé de pouvoir.  Impitoyable dans les rapports sociaux. Des mœurs de gangster. Lorsque cet exemplaire capitaliste rencontre une jeune  écrivaine éprise de beauté  et de gratuité, rebelle aux séductions du  Dow Jones, bécassine idéaliste, cela produit la biographie forcément  complaisante du premier par la seconde.  Dans le genre   Evangile  selon Sarkozy  récemment commis par Yasmina Reza (L’aube, le soir ou la nuit, Flammarion édit.) Avec quelques scènes irrésistibles. Tobold présidant un conseil d’administration de douze membres… Comme les disciples de la Cène !  Ou bien d’improbables rencontres avec le représentant d’Hugo Chavez, Bill Gates et  le jumeau Kaczynski,  l’intégriste mariolâtre qui dirige la Pologne.   Soit  une permanente oscillation  entre la violence du capitaine d’industrie qui descend crapuleusement ses concurrents, et la compassion du prêcheur évangélique façon Bush père et fils… A frais nouveaux, Lydie Salvayre compose habilement sur ce très vieux thème : le rapport de servitude volontaire de l’artiste envers le Prince. L’idéologie néo-libérale en ressort étrillée, les Belles Âmes aussi !

 

                                                                                                                                                 Michel Boissard

                                                

                                                 Portrait de l’écrivain en animal domestique, L. Salvayre, Le Seuil, 2007, 18 euros.

          

Publié dans articles La Gazette

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