UNE AMITIE SOLAIRE

Publié le par Michel Boissard

                                                 UNE AMITIE SOLAIRE

 

L’amitié entre Albert Camus et René Char ressortit à l’elliptique formule par quoi Montaigne caractérise celle qui le lie à La Boètie : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. » Rien ne prédispose à cette dilection cordiale du romancier, essayiste, philosophe et dramaturge qui exalte  la Pensée de Midi , pour le poète de L’Isle-sur-la-Sorgue… Sauf cette phrase extraite des « Feuillets d’Hypnos » : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. » Qui, du résistant de Céreste fait le riverain du  gamin  du quartier  Bellecour, à Alger, qu’aimait retrouver Sartre sous le masque du Camus nobélisé !  Voici que –l’occasion crée l’évènement – pour les cent ans de René Char, sont publiées deux cent  lettres inédites qu’il échangea avec Camus, de 1946 aux années 1960. Et que l’on mesure à les découvrir les affinités existant entre les deux créateurs. Aussi bien que la capacité des liens fraternels à élargir leurs territoires respectifs de démiurges.   L’anticolonialisme et l’antifascisme  les réunissent avant même qu’ils ne fassent connaissance. Char participe à la riposte aux émeutes factieuses du 6 février 1934. Peu après, en 1935, Camus adhère au P.C. Et c’est dans les colonnes du journal communiste « Alger républicain » que celui-ci prolonge la colère du premier qui, dés 1931, lançait le tract-brûlot « Ne visitez pas l’Exposition coloniale ! » La guerre d’Espagne, 1940, la Résistance : l’un et l’autre, à distance, vont sentir le poids de l’Histoire, éprouver la  légitimité de l’engagement, exposer au feu du réel le choc entre les principes et l’action. « Je crois que notre fraternité – sur tous les plans – va encore plus loin que nous l’envisageons. » note Char en 1951. Comme en écho, Camus répond dans son livre « L’Eté » : « Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Je voudrais n’être jamais infidèle à l’une et aux autres. » L’arrière-pays qui les rassemble émerge géographiquement entre Ventoux et Lubéron. C’est un terroir pour âmes fortes.

                 

                                                                                                   Michel Boissard

                                 

     Correspondance Albert Camus  - René Char, Gallimard, 2007, 20 euros.        

Publié dans articles La Gazette

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