Un ouvrier des âmes

Publié le par Michel Boissard

Un ouvrier des âmes

 

 

De François-Marie-Anatole de Rovérié de Cabrières (1830-1921), évêque de Montpellier quarante ans durant (1874), cardinal romain (1911), figure militante du catholicisme méridional, on ne disposait jusqu’à présent  que du portrait quasi-hagiographique brossé par l’abbé Marcel Bruyère (1956), prêtre du diocèse de Nîmes, docteur ès-lettres, spécialiste reconnu du poète-boulanger Jean Reboul. L’exhaustive biographie que nous procure Gérard Cholvy contribue à une connaissance critique de ce « Blanc du Midi », que l’écrivain Paul Bourget qualifia d’ « ouvrier des âmes ». Mais aussi à une réévaluation d’un siècle d’histoire de l’Eglise dans le Midi méditerranéen. Personnage dérangeant, issu d’une famille régnant sur les seigneuries médiévales d’Aramon, Lédenon et Cabrières,. Dont un des ancêtres fonde l’hôpital de Nîmes et y relance, au XVIIè siècle, l’Académie... Et dont un autre, ébloui par les Lumières, adepte de Rousseau, finit sur l’échafaud révolutionnaire en compagnie du père de Guizot !Fortifiée par la lutte contre la Réforme protestante, la famille des Cabrières se prolonge naturellement dans ce prêtre de vingt-deux ans, dont la vocation doit presque tout au Père Emmanuel d’Alzon et  aux Assomptionnistes.  De celui-ci, Cabrières retire le goût du combat pour le Christ, l’empreinte indélébile de la tradition, l’esprit des mainteneurs. On le vérifie dans son action diocésaine. Du même mouvement, il relève la Cathédrale de Montpellier, célèbre Jeanne d’Arc, exalte la mémoire du chef vendéen La Rochejacquelein, soutient le Félibrige mistralien dans sa résistance à la centralisation culturelle, hésite fortement devant le Ralliement des catholiques à la République. Ce « félibre crossat et mitrat » que décrit le poète alèsien Arnavielle, lié à Maurras et à l’Action française, est pourtant ensemble le porte-parole des opposants à la Séparation des Eglises et de l’Etat (1905) et l’évèque des gueux, ouvrant sa cathédrale aux frères vignerons de Marcellin Albert (1907). Lorsqu’il est créé cardinal, il n’est pas certain que  les socialistes méridionaux n’applaudissent pas au distique de Maffre-Baugé : « Les Blancs crient vivat / Quand vous devenez rouge ! » Tant Cabrières a fait vivre le mot de Pascal : »J’ai deux hommes en moi. »

 

                                                                                                                   Michel Boissard

 

                    Le cardinal de Cabrières, 1830-1921, G.Cholvy, Cerf-Histoire, 2007, 39 euros                    

 

 

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