LE GENIE DU DIVERTISSEMENT

Publié le par Michel Boissard

                                      

 

 

 

On doit à François Truffaut la réhabilitation de Sacha Guitry cinéaste. En 1954, il monte au créneau pour défendre « Si Versailles m’était conté ». En 1956 il n’hésite pas à se croiser en faveur de « Si Paris nous était conté ». Et en 1957, l’année même de la disparition du Maître, il qualifie « Assassins et Voleurs » de «cinéma pur ». Jusque là il était de bon ton de railler « un théâtre en conserve ». Terme dont on affublait également les « galéjades » de Marcel Pagnol. Ignorant superbement que ce dernier avait avant la lettre inventé le néo-réalisme. Or, Guitry lui-même, en acteur de théâtre et dramaturge consommé, a stigmatisé le 7ème Art. « Un art doit avoir un passé. Et je ne pense pas que nous assistons à la naissance d’un passé » déclare-t-il en…1935 ! A la veille de réaliser, sur des  idées originales (ou d’adapter à l’écran depuis son œuvre théâtrale) ces chefs-d’œuvre que sont, entre 1936 et 1939, « Les Perles de la Couronne », « Désiré », « Quadrille » ou (le Ministre Hortefeux devrait s’en inspirer pour ses lois liberticides sur l’immigration) « Ils étaient neuf célibataires » Sans oublier, primus inter pares, « Le Roman d’un Tricheur ». Avant « Le Trésor de Cantenac » (1950), »La Poison » (1951) ou « Napoléon » (1954). Guitry est un amoureux passionné de la vie Du mouvement, de l’action Un virtuose des mots, un artiste de la parole. Et, dés l’origine, du cinéma parlant -  de son « pouvoir résurrectionnel » -  sauvant de l’éphémère le geste  et la voix de l’acteur. A lire les scénarii réunis par Omnibus à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition, on mesure le contresens flagrant commis par Georges Sadoul, critique pourtant reconnu et avisé, lorsqu’il traite Guitry de « cinéaste de lui-même ». L’album photo de l’arlésien André Bernard qui adorne ce recueil nous presse de redécouvrir, en  DVD ou en salle, des films éclatants de jeunesse, d’inventivité, d’allégresse et de liberté.

 

                                                                                            Michel Boissard

 

 

 

Cinéma, de Bonne chance  à Si Versailles m’était conté, S.Guitry, Omnibus, 2007, 28 euros.

Publié dans articles La Gazette

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