HISTOIRE D’UN COUP D’ETAT

Publié le par Michel Boissard

 

                                                           HISTOIRE D’UN COUP D’ETAT

 

L’histoire des journées mémorables qui ont fait la France est, pour ainsi dire,  double. Chronique évènementielle, d’une part ; interprétation idéologique - instrumentalisation - dans le temps même que se déroulent les faits, d’autre part.   C’est le cas de la Saint-Barthélémy (24 août 1572),  massacre de trois mille protestants à Paris, sur l’ordre de Catherine de Médicis et de Charles IX.   Reçu tel « un coup de massue » par le prince réformé des Pays-Bas, Guillaume d’Orange. Et dans la joie par le pape Grégoire XIII qui le préfère à « cinquante victoires de Lépante ». Laquelle, l’an d’avant, voit le triomphe  des chrétiens coalisés sur les turcs. Universitaire montpelliéraine, Arlette Jouanna  réévalue les dimensions du premier acte des Guerres de Religion (Daniel-Rops), devenu synonyme courant du crime politique d’Etat. On en connaît la genèse. Sur fond de rapprochement religieux, la mariage de Marguerite de Valois (Margot), la sœur du Roi, avec le protestant Henri de Navarre (futur Henri IV). L’attentat manqué contre le dignitaire réformé Coligny. La tension qui monte. La tuerie qui s’organise méthodiquement. Le choc en France et en Europe. Mais,  quid  des causes causantes ? Enjeu historique pérenne, elles sont multiples . Il fallait mettre un fleuve de sang entre catholiques et protestants. C’est l’intérêt politique des Guise , les ultra-catholiques dont l’influence est centrale. C’est le choix du « parti espagnol » qui craint le soutien français aux insurgés réformés des Pays-Bas. Surtout, dans un pays où les factions opposées déchirent la cohésion sociale et menacent l’intégrité territoriale, la Saint-Barthélémy est un véritable Coup d’état royal affirmant, au prix d’une violence officielle,   la prééminence de la monarchie. Ouvrant  en grand la porte à l’absolutisme.

                                                                                                                                         Michel Boissard

 

 

La Saint-Barthélémy. Les mystères d’un crime d’Etat, A.Jouanna, Gallimard, 2007, 26 euros.  

 

 



 

























































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