MARC BERNARD MECONNU

Publié le par Michel Boissard

                                                                        MARC BERNARD MECONNU

 

Cinquante ans après sa parution, l’heureuse réédition de « La bonne humeur » focalise le regard critique sur un Marc Bernard (1900-1983) méconnu. Le romancier nîmois, à juste titre qualifié de Gorki français, troque le naturalisme tragique de « Pareils à des enfants » (Goncourt 1942) pour un registre où le surréalisme s’accorde au « nonsense » décoiffant. S’il demeure chroniqueur des petites gens, c’est pour faire de Madame Hortense, la concierge de son immeuble rue Saint-Jacques, à Paris, un personnage authentiquement littéraire. Qui lit dans le texte Kafka et Kierkegaard ! Un froid sibérien gèle les conduites d’eau… Le printemps réveille les trilles de canaris en cages… Les clochards de la Contrescarpe poussent un vigoureux contre-ut dans les cours : « Je suis la fleur de volupté ! » Au ciné du quartier, Charlot s’éclate dans la romance de « Carmen »…Autant de tableautins de genre baignés de bonne nature et de joie de vivre.   Sur quoi se greffent la veine voyageuse et le sens du genius locis du narrateur. A Londres, qui n’est évidemment pas la ville chic prisée par Paul Morand, mais où les douaniers portent la casquette de Philéas Fogg. Ou bien à Amsterdam. Ici, il est recommandé de ne pas rechercher son  hôtel « prés du canal ». Sauf à vouloir errer à perpétuité. Ce petit livre jubilatoire s’échappe enfin vers Mayorca. L’enfant de Nîmes qui se souvient du Grau du Roi épouse avec délices une mer chaude et lumineuse. C’est comme si l’on passait du cinéma muet au cinémascope ! Quelques « Notes sur la corrida » achèvent ce précieux  volume. Exprimant « ces plaisirs qui échappent à la raison » et par quoi « nous redevenons des primitifs avides de merveilles ». Vingt pages seulement. Mais admirables !

 

                                                                                                                                                                          Michel Boissard

La bonne humeur, M.Bernard, Grasset, 2007, 20,90 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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