HISTOIRE D’UN CRIME : LA SAINT-BARTHELEMY REVISITEE

Publié le par Michel Boissard

HISTOIRE D’UN CRIME : LA SAINT-BARTHELEMY REVISITEE La Saint-Barthélémy. Les mystères d’un crime d’Etat. Arlette Jouanna. Les Journées qui ont fait la France. 407 pages. Gallimard, 2007. 26 euros. Massacre organisé de trois mille protestants parisiens, sous la responsabilité du roi Charles IX et de Catherine de Médicis, la Saint-Barthélémy (24 août 1572) est devenue synonyme de crime d’Etat sur fond de paroxysme d’affrontement inter-religieux. A l’époque, sa réception en Europe témoigne de la portée et du choc de l’évènement. Guillaume le Taciturne, prince réformé des Pays-Bas, l’accueille telle « un coup de massue ». Le pape Grégoire XIII considère la nouvelle comme plus décisive que « cinquante batailles de Lépante » (la victoire des chrétiens sur les turcs en 1571). Avec une remarquable science des faits, pertinence de l’interprétation et élégance d’écriture, l’universitaire Arlette Jouanna resitue cette « journée qui a fait la France » dans le cadre paradoxal d’un rapprochement religieux. L’Edit de Saint-Germain (1570) signe l’armistice entre catholiques et protestants. Le 18 août 1572, la sœur du roi, Marguerite de Valois – la reine Margot – épouse le très huguenot Henri de Navarre (le futur Henri IV). Une semaine plus tard, ce véritable « pogrom » de protestants paraît incompréhensible sans le réinsérer dans son contexte socio-politique. D’une part, la fièvre obsidionale qui règne à Paris. L’été est caniculaire. L’eau manque. Les prix augmentent. La recherche de boucs émissaires aux malheurs publics est stimulée par des prêches anti-protestants enflammés. D’autre part, la question se pose du rapport des forces à l’intérieur et à l’extérieur du royaume. Les Guise, parangons de l’ultra-catholicisme, mènent une opposition frontale à la dynastie. De son côté, Philippe II d’Espagne craint l’appui français aux insurgés réformés des Flandres. Il faut donc mettre un fleuve de sang entre catholiques et protestants. La décision de Charles IX constitue un véritable « coup d’Etat » assurant, au prix d’une violence institutionnelle inouïe, la prééminence royale. Ouvrant grand la porte à l’absolutisme. Et donnant a contrario à la Réforme en France la forme pérenne d’un contre-Etat, ce que Michelet nomme la « république protestante ». Initiant, enfin, de Théodore de Bèze à Duplessis-Mornay, la modernité théorique d’un Contrat social anticipé : le vrai roi, c’est le peuple souverain. Michel Boissard Historien.

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