Portraits de famille

Publié le par Michel Boissard

PORTRAITS DE FAMILLE C’est au poète Léon-Paul Fargue que l’on empruntera le titre de cette chronique. Tant le recueil d’ « Instantanés » que nous offre Roger Grenier entrelace la sûreté et la grâce du trait d’écriture à une radioscopie du milieu littéraire pleine d’empathie. Critique avisé, essayiste confirmé, novelliste et romancier reconnu, pilier de la NRF, Grenier tire de sa longue existence une propension jamais rassasiée à l’amitié. Qui éclate dans sa rencontre avec Camus, au printemps 1944, au marbre de « Combat ». Suit un admirable éloge de la camaraderie, une leçon de journalisme critique, et une dénonciation des « cœurs tièdes » qui ne manque pas de sel ! Voici encore de précieuses notations de personnalité chez Dos Passos, Hemingway « rencontré à la San Fermin », ou James Hadley Chase… Sans compter un « tombeau » de Gaston Gallimard, ce « fou de littérature » qui a traversé le siècle dernier. Et la résurrection du grand prosateur roumain Panaït Istrati, qui eut le seul tort de dénoncer le stalinisme par anticipation. Mais aussi de succulents moments partagés avec Blondin, Gary, Queneau, Claude Roy… En gardant pour la bonne bouche l’un des plus réussis et des plus tendres « médaillons » de ce beau livre - consacré à Marc Bernard. Apparaît l’enfant pauvre de Nîmes, entre rue du Chapitre et rue Poise, quelque part avant 14/18. L’apprenti-patissier « bouffant » des quantités de choux à la crème. L’apprenti-fraiseur dans un atelier de chaussures des quais de la Fontaine. Le gamin collé aux grilles des arènes les jours de corrida. Le cheminot « monté » à Paris, qui envoie de petits textes au révolutionnaire et pacifiste cévenol Henri Barbusse, qui lui ouvrira les colonnes de « Monde ». Marc Bernard et Paulhan, et Gide, et l’Espagne de 1936, et la rencontre avec Else, et le Goncourt 1942, et une vie entre misère et soleil… Riche, pleine, droite. A la façon du vieux monsieur aux yeux lilas et cheveux blancs qui, dans les années 1980, n’en finit pas de hanter les boulevards d’une jeunesse nîmoise inachevée… Michel Boissard Instantanés, R. Grenier, Gallimard, 2007, 14,50 euros

Publié dans articles La Gazette

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