ALPHONSE DAUDET, HOMO DUPLEX…

Publié le par Michel Boissard

Voici un quart de siècle, l’universitaire Patrick Wald-Lasowsky publiait une surprenante étude sur la syphilis comme maladie littéraire du XIXè siècle français. Baudelaire, Flaubert, Maupassant, Goncourt la contractèrent auprés des « dames de la haute » Ce fut le cas d’Alphonse Daudet qui la gagna en honorant une lectrice de la cour de Napoléon III. Et écrivit le récit de son descensus averni , de 1885 à 1895, dans un recueil intitulé « La Doulou » (la douleur en lenga nostro). Que la pudibonde société bourgeoise conserva sous le manteau jusqu’en…1930 ! Et dont l’écrivain britannique Julian Barnes, qui présenta l’auteur du « Petit Chose » à ses compatriotes, préface une réédition. Soulignant le qualificatif d’ homo duplex - homme double – appliqué à Daudet. Car, ici, silence aux fifres, en arrière les tambourins, Tartarin est dans sa boite, le Curé de Cucugnan s’est éloigné ! Nous lisons, selon le mot de Léon Daudet, son fils, « un terrible et implacable bréviaire ». La description clinique, réaliste, glaçante, minutieuse, répétitive, ordinaire, ennuyeuse, littéralement monstrueuse de la douleur physique. La souffrance est vaste comme un pays. Elle dessine, dira plus tard Valéry, « des pôles et des aigrettes ». C’est le passage du « carcere duro au durissimo », note Daudet. Qui, tout en grimaçant comme un possédé, lance : « Je ne sais qu’une chose, crier à mes enfants : Vive la Vie ! » Michel Boissard La Doulou, A. Daudet, Mercure de France, 2007, 5 euros

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