DANS L’AMITIE DE L’ECRITURE

Publié le par Michel Boissard

L’arlésien Jean-Marie Magnan a-t-il été le Champollion de Jean Cocteau ? Un jour de Pentecôte 1956, au « Cheval Blanc », face aux Arènes de Nîmes, le premier nommé obtient du second une « quantité de notes illisibles prises pendant la féria de Séville 1954, un brouillon hiéroglyphique ». Qui devient, un an plus tard, chez Grasset, « La corrida du 1er Mai ». A ce souvenir en forme de portrait, le recueil que voici ajoute le regard vrai du critique et le style passionné d’un écrivain sachant lire. Fils d’un charcutier - dont le magasin se situait rue des Porcelets (non pas l’animal mais une noble famille ensevelie dans un sarcophage des Alyscamps) ; pour qui Mistral fut d’abord le nom d’un grand vent ; habitant rue des Templiers - voisin de la famille Pouly, et non loin de l’atelier du Midi où créa Van Gogh, Magnan aime les taureaux, la lumière du Sud et la littérature.. Il est inégalable pour nous faire partager sa découverte de Faulkner. Le Mississipi se jette dans le Rhône. De Malraux, il diagnostique qu’il « ne cesse d’inventer et de risquer sa vie pour vivre à la hauteur de son pouvoir de fabuler ». Jean Genet, Michel Tournier, Yves Berger, François Nourissier ou Edmonde Charles-Roux deviennent ici nos commensaux Surplombés par un Aragon qui, depuis Villeneuve-les-Avignon, célèbre le « trobar clus » du troubadour ’Arnaut Daniel, cette écriture de contrebande qui permet d’évoquer en même temps la femme aimée et la patrie vaincue… Michel Boissard Vivre livres, J.M. Magnan, Autres Temps, 2007, 20 euros

Publié dans articles La Gazette

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