EXPLORATEUR ET COMPTABLE

Publié le par Michel Boissard

« Tour à tour explorateur et comptable » disait de lui-même Roger Caillois (1913 – 1978). Normalien, proche de Breton et des surréalistes, mémorable essayiste de « L’Homme et le Sacré », fondateur avec Georges Bataille du « Collège de Sociologie » (1938). Amant de l’écrivaine argentine Victoria Ocampo – qui le conduit sur les terres du Nouveau Monde de 1939 à 1945. En haine du fascisme qui assombrit le vieux continent. Fata Morgana réédite joliment l’ « Espace américain » que Caillois écrivit à la fin de la guerre. Contre une Europe étouffante, l’Amérique a gardé la trace des pionniers à « l’audace bouillonnante ». Voici un univers souvent hostile, qui permet à l’homme de se révéler. Un monde minéral : « On dirait la peau rude et ridée d’une planète refroidie depuis peu. » Qui fascine l’écrivain en ce point culminant qu’est la Terre de Feu « toute de vide, de glace et de brouillards ». Là, l’œuvre humaine prend tout son prix, riche de ce que les civilisations ont accumulé. « Tout ce qui me pesait me comble d’orgueil. » Jusqu’ à la cuillère, l’objet domestique dont Caillois fait un éloge dithyrambique. Ici, conclut-il : « …par force plus attentif à la nature, moins pressé par ses semblables, l’homme gagne une première noblesse et un premier élargissement de l’être. » Michel Boissard Espace américain, Randonnées, R. Caillois, Fata Morgana, 2007, 14 euros

Publié dans articles La Gazette

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