C’ETAIT NOTRE JEUNE HOMME !

Publié le par Michel Boissard

C’était notre jeune homme ! Le mot de Barrés à la mort de Proust va bien au « Tombeau » que l’amitié de Jérôme Garcin érige à la mémoire de l’écrivain François-Régis Bastide (1926 – 1996). De ce « petit bourgeois catholique du sud-ouest », né à Biarritz, qui repose au cimetière de La Garde-Freinet, il brosse un portrait en partie double. Ecrit entre « imparfait et présent, mélancolie et espoir » dans le salon de La Mente, la résidence fraxinoise de l’auteur de « L’Enchanteur et nous » (1981). Celui d’un basque qui a appris « à chantonner les dents serrées », projeté dans une Provence qui « donne l’irrésistible envie de parler ». Celui d’un « musicien du roman comme Balzac fut peintre du roman ». Emule de Ravel – son aîné et voisin de Ciboure, auquel il emprunte le rythme spasmodique du « Boléro » pour traduire « L’homme au désir d’amour lointain » (1994). Epris de Schubert - « La fantaisie du voyageur » (1976), de Schumann - « La forêt noire » (1968) ou de Haydn -« Les adieux » (Prix Fémina 1956). Qui prolonge sa passion du son par l’émission de radio « Le Masque et la Plume ». Celui de « l’éternel romantique, coiffé à la Perdican, un nez d’inquisiteur, un port altier de connétable espagnol ». Un Roger Vailland, sans le libertinage, mais avec qui il partagerait le goût de l’aristocratie. Qui débute dans les eaux du radicalisme mendésiste, fonde ensuite avec Bernard Pingaud la « Section des Ecrivains » du PS en 1973, devient ambassadeur de France à Copenhague, Vienne et l’UNESCO – Mitterrand étant Président. Où il joue davantage le rôle d’un Stendhal – consul à Civittavecchia, que celui d’un Claudel - consul à Fou-Tchéou ! Que l’on surprend, héraut de la « gauche convenable », à hanter, en 1964, les salons du sulfureux « collabo » Paul Morand. Tel qu’en lui même, François-Régis Bastide, avec une dilection particulière pour le « Cyrano » de Rostand. Et qu’il faut relire (ou découvrir) d’urgence ! Michel Boissard Son excellence, monsieur mon ami, J. Garcin, Gallimard, 2008, 16 euros

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