MINUIT DANS LE SIECLE

Publié le par Michel Boissard

Cet essai philosophique commence à la manière d’un roman russe de Troyat. Condamné pour complot contre le tsar, ayant achevé son temps de bagne, Dostoïevski est envoyé comme simple soldat à Semipalatinsk, au sud de la Sibérie. Il y conçoit « Souvenirs de la Maison des Morts (1860). Se lie d’amitié avec le gouverneur Wrangel, chez lequel, durant de longues soirées, il étudie en particulier Hegel, le philosophe de la rationalité absolue. Qui le désespère lorsqu’il découvre que pour l’auteur de la « Phénoménologie de l’Esprit », la « morphologie » d’un territoire comme la Sibérie l’exclut de l’Histoire. Fictif ou réel, le trouble de Dostoïevski interpelle notre sens de l’humain comme notre belle âme d’universalistes. Commentant « Le Pavillon des cancéreux » de Soljenitsyne, Jean Carrière remarquait : on peut transformer le monde, utiliser les ressources de la science, voyager dans l’espace, « on ne parviendra pas à donner à notre vie un sens que la souffrance lui conteste à chaque battement de notre cœur ». On peut occulter cette souffrance en niant le lieu où elle s’exprime. De même que l’on peut réduire le monde à notre civilisation indo-européenne. Il restera toujours des yeux pour pleurer, des consciences pour refuser, des voix pour réclamer un monde partagé. . Car, pour reprendre un mot de Victor Serge, il est toujours minuit dans le siècle, l’heure du choix. Michel Boissard Dostoïevski lit Hegel en Sibérie et fond en larmes, Laszlo Földényi, Actes Sud , 2008, 10 euros.

Publié dans articles La Gazette

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