NE DITES JAMAIS JE !

Publié le par Michel Boissard

                                                           

 

« Ne dites jamais Je. En art, il n’y a pas de première personne. » conseillait Oscar Wilde (1854-1900) à Gide. Qui  soulignait que l’auteur du « Portrait de Dorian Gray » attachait d’autant plus de prix à la feinte et à la transposition du réel que sa réputation heurtait les mœurs de l’Angleterre victorienne. La réédition de quatre pièces de son théâtre, créées entre 1892 et 1895, la veille de son procès pour homosexualité - dans une version de Pierre Laville - confirme cette « hypocrisie » (encore Gide), qui est à la fois une manière de subversion  et un jeu avec les valeurs dominantes. « Un mari idéal » dénonce les apparences de la respectabilité aristocratique fondée sur la fortune.  Tout comme « L’Eventail de Lady Windermere » fustige les codes de la bienséance bourgeoise et des mariages convenus. « Une femme sans importance », comédie au ton amer et désabusé, ne voit d’autre issue pour les irréguliers de cette société que l’exil…vers l’Amérique ! La pièce est de 1893, il est vrai !  Quant à « L’importance d’être Constant » - traduite par Jean Anouilh sous le titre « Il est important d’être Aimé » -  elle pianote sur les situations et  les mots avec une virtuosité cocasse s’apparentant au nonsense.   Wilde disait qu’il avait  mis tout son génie dans sa vie, et seulement son talent dans ses œuvres.   Mais il éclate ici comme un feu d’artifices !

                                                                                                                           Michel Boissard

Quatre comédies, O. Wilde, Babel- Actes Sud, 2008, 9,50 euros

                                                                                                         

 

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article