COMPLICITE DE RIRE

Publié le par Michel Boissard

 

                                                           

 

On jouait du Feydeau ces jours-ci au Conservatoire de Nîmes. Echo fortuit au juvénile essai d’une classe d’art dramatique, paraît un recueil de pièces courtes, monologues et comédies de « notre plus grand auteur comique depuis Molière » (Henri Gidel). Et cette redécouverte, tressée de subtiles connivences entre le dramaturge et le lecteur-spectateur, est un véritable régal pour l’esprit. Car, selon Bergson, le rire suppose « une complicité avec d’autres rieurs ».Ce qui les unit autour de Georges Feydeau (1862 – 1921), c’est d’abord le plaisir de partager des situations absurdes qui fracturent la monotonie du quotidien.  Et dont la vérité humaine doit autant au mécanisme de l’intrigue théâtrale qu’à l’observation cinglante des mœurs d’une société.  Quiproquos (Champignol malgré lui, 1892), rencontres improbables et détonantes (Le mariage de Barillon, 1890), tempo survolté de l’action (Le système Ribadier, 1892), une fois enclenchée l’histoire va inexorablement vers son dénouement. Les personnages sont le jouet du destin – c’est-à-dire de  leurs propres choix, erreurs ou turpitudes. L’essayiste Henri Gidel a raison d’utiliser la notion de fatum jusque là réservée à la tragédie antique. Chez Feydeau nous sommes assis sur les genoux des Dieux. Mais c’est pour s’ épuiser à y mourir…de rire ! Ainsi en est-il avec « Les Fiancés de Loches » (1888), où trois naturels d’Indre-et-Loire ,croyant frapper à la porte d’une agence matrimoniale parisienne, se retrouvent dans un bureau de placement, pour finir au « Louvre hydrothérapique », une clinique psychiatrique copurchic…Le critique d’époque Francisque Sarcey l’a bien vu. Dans une pièce de Feydeau  « on ne pose pas son couvre-chef sur une chaise, sans que le spectateur ne se dise : ce chapeau n’est pas là pour des prunes ! »

 

                                                                                                                       Michel Boissard

Pièces courtes, monologues, vaudevilles, G. Feydeau, Omnibus, 2008, 25 euros

Publié dans articles La Gazette

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