ETHIQUE CONTRE ESTHETIQUE ?

Publié le par Michel Boissard

                               

 

Un an  après la mort de L.F. Céline (1961), le critique Jean-Pierre Richard publie dans la NRF un article  consacré au thème de la nausée chez l’auteur du « Voyage  au bout de la nuit ». Ce texte pionnier  reparaît aujourd’hui. Et ce petit livre éblouissant de modernité vérifie -  en ne séparant pas  génie de l’écriture et  violence de l’idéologie – que Céline « représente un enjeu capital de la compréhension du XXè siècle » (Sollers). Alors que Sartre stigmatise le glissement nauséeux de l’existence – objets, couleurs, êtres,  Céline l’incarne  dans une véritable vidange intérieure.  « Cette diarrhée est la figure physiologique la plus frappante et la plus écoeurante de la débâcle où l’univers entier est emporté. » A l’origine de tout, il y a le trauma  de la guerre de 14/18.  Le monde est plein de « serpents glaireux ».Il s’y épanche des « mucosités blêmes ». L’homme est un « sac à larves ». Notre destin : « le papillon pendant la jeunesse, l’asticot pour en finir ».  Tout suinte, pend, exsude, se dissout dans un décor de mauvaise graisse. La faute à qui ?  A la pourriture de l’époque : militarisme, chauvinisme, colonialisme, industrialisme … A l’avachissement de l’esprit comme double de celui du corps.  A la lâcheté naturelle de l’espèce. Si la vie n’est qu’une « longue agonie », toutes les aberrations du raisonnement, toutes les infamies de la pensée sont permises. L’antisémitisme est le symptôme névrotique de cette nausée. Le « cas » Céline permet ici de revisiter la réflexion sur le rapport conflictuel de l’éthique à l’esthétique.

 

                                                                                                                          Michel Boissard

Nausée de Céline, J.P. Richard, Verdier, 2008, 5,80 euros

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Publié dans articles La Gazette

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