ECRIRE ET CROIRE

Publié le par Michel Boissard

                                                  

 

C’est presque un pléonasme que de parler de protestantisme et de littérature. Parmi les religions du Livre, la Réforme s’est en effet identifiée à l’Ecriture seule  - sola scriptura. Et d’abord à la Bible. Abécédaire des paysans cévenols du XVIIè siècle pour s’acculturer au français littéraire. Le théologien suisse Bernard Reymond nous offre une précieuse synthèse sur les « plumes » protestantes. Luther et Calvin, naturellement, et Théodore de Bèze qui justifie le droit à l’insoumission, et Agrippa d’Aubigné dont les « Tragiques » sont les châtiments de la monarchie à l’heure des Guerres de Religion. Saluant Pierre Bayle, philosophe précurseur des exigences de la raison, et Angliviel de la Beaumelle, natif de Valleraugue, que Voltaire n’aimait  point. S’attardant à Rousseau – et aux Lumières : du militantisme fougueux de Germaine de Staël au romantisme passionné de Goethe, entre « Faust » et « Werther ». Quant au XIXè siècle, il est celui des anglo-saxons. Emerson, le poète, fils d’un pasteur de Boston. Nathaniel Hawthorne, le grand romancier de « La Lettre écarlate » dénonçant l’intolérance puritaine. George Eliot dont le « Silas Marner » est un vrai manuel de formation à l’usage des jeunes pasteurs. Et si l’on veut savoir ce qu’est au XXè siècle l’écriture huguenote, on lira avec profit  l’André Chamson des « Discours au Désert », mais surtout l’uzétien Gide et le suisse Jacques Chessex. Du conflit entre eros  et agapé, l’amour charnel et l’Esprit, qui irrigue « La Symphonie pastorale », à la sulfureuse et lumineuse « Confession du Pasteur Burg ».

 

                                                                                                                          Michel Boissard

 

Le Protestantisme et la Littérature, B. Reymond, 2008, Labor et Fides, 10 euros

Publié dans articles La Gazette

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