Une question de genre

Publié le par Michel Boissard

 

                                                      

 

Tout commence par un exercice de mémoire grammaticale et arithmétique.  Le masculin l’emporte toujours sur le féminin. A ce jour, le Prix Goncourt a été attribué cent quatre fois.  Combien de femmes y a-t-il parmi les lauréats ?  Neuf ! Et sur les vingt-quatre Présidents de la République ? Zéro ! C’est pourquoi la présence crédible d’une femme dans la dernière compétition présidentielle a brisé un tabou. Pierrette Fleutiaux le dit : « Pour la première fois dans mon histoire personnelle, je me suis sentie intimement et joyeusement concernée par des élections. » Mais  il ne s’agit pas ici d’un récit de campagne. Plutôt de la réflexion décapante  d’une écrivaine sur le sort des femmes. Au lycée, on apprend qu’Athènes est un archétype de démocratie politique. Sauf que  les femmes  en sont bannies.  Ou bien que les sorciers brûlés au Moyen-âge étaient à vingt contre un du sexe féminin. Que dans les contes de fées, la puissance, la fortune et l’amour sont l’apanage des rois. Histoire de subvertir l’enfantine  naïveté, Pierrette Fleutiaux  a récrit  Perrault au féminin (Métamorphoses  de la reine, 1984, Gallimard). Les jeunes filles vertueuses décident de se payer de beaux jeunes gens. Et les reines transforment les bergers en princes consorts. N’allez pas croire  que c’est un réquisitoire féministe. Lisez donc cette page pleine de finesse et de subtilité  Notre auteure se trouve dans le métro, face à un adolescent mal dans sa peau. Agressif, farouche, ennemi du monde entier. Mentalement, elle lui tient ce discours. Opprimé, tu l’es depuis trois cent ans au grand maximum. Moi, ça fait des millénaires. Je me bats pour que tu te libères. Toi, tu te contrefiches  de mes problèmes. Et même, les filles et les femmes qui t’entourent, tu   fais pareil avec elles que les autres mecs !  Mais tu n’es pas mon ennemi. Pas plus que celui que j’aime. Ou le copain qui m’écoute quand j’ai le blues. L’ennemi se cache : c’est le genre. « On gomme la question du genre, dans les faits on gomme le féminin. »

                                                                                                                  Michel Boissard

La saison de mon contentement, P. Fleutiaux, Actes Sud, 2008, 21,80 euros.

 

 

                                                 


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