Un écrivain au service du peuple

Publié le par Michel Boissard

                                                  

                   

 

Un jour de 1951 qu’il mène campagne électorale avec Henri Bourbon, député communiste de l’Ain, Roger Vailland s’entend présenter par celui-ci comme un « écrivain au service du peuple ». Une fois dissipés les brouillards du réalisme socialiste, ces mots reprennent leur sens et la littérature ses droits. En atteste la réédition de l’ultime opus de Jean-Pierre Chabrol (1925 – 2001). Paru il y a dix ans, « La Banquise » est un portrait d’une puissante facture populaire. Qui prend place dans l’œuvre de l’auteur auprès de ceux du Samuel des « Fous de Dieu », de Noël Tarrigues, l’emblématique mineur des « Rebelles », de Florent Rastel entraîné avec sa belle Marthe dans le sillage du « Canon Fraternité », ou encore du  truculent « Bouc du Désert » que fut le poète Agrippa d’Aubigné.  La création originale d’un Courbet du roman. Née Clémence Tardiou, épouse par lassitude de l’Arsène Maillard, vite veuve, se faisant faire un enfant par un néerlandais de passage dénommé Van Khyse voici,  dessinée par un Chabrol qui n’oublie pas son talent originel de caricaturiste, une silhouette de femme libre, à l’éclatante chevelure rousse, à la forte personnalité, au verbe haut. Descendue des pentes du Mont Lozère vers  Bouscassel  où, au milieu du petit peuple des Cévennes, à la fois jacassant et  plein de réserve huguenote, elle devient buraliste. Et fait de son fils Henri - l’enfant sans père - l’icône d’une histoire où ne manque ni le bruit, ni la fureur. Car, le réalisme de Chabrol insère ce destin ordinaire au soleil du Front Populaire,  dans la tourmente de la Guerre d’Espagne, au clair-obscur de l’Occupation et de la Résistance. Et confronte cette gaillarde à notre « siècle-tragédie ». Comme si l’écrivain avait fait sien le mot terrible de Bernanos : « D’amitié ou de colère qu’importe, j’ai juré de vous émouvoir ! »

                                                                                                                                 

                                                                                                                                    Michel Boissard

La Banquise, J.P. Chabrol, Presses de la Cité, 2007, 18,90 euros

 

 

                                                         

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article

Pascal 02/03/2011 14:27



Entre "Les fous de Dieu" (voir ma chronique, ici) et "La banquise", un de ses
derniers textes semble passé un peu inaperçu : "Le bonheur du manchot". Un hommage au père, un récit très auto-biographique. Très émouvant…