LA VRAIE VIE EST AILLEURS

Publié le par Michel Boissard


 

Une disparition n'est-elle pas une façon différente d'être au monde ? Sur cette interrogation métaphysique, Michèle Gazier construit un roman polyphonique aux accents rimbaldiens. Jusqu'ici Maurice Gil a simplement existé. Beau comme un dieu - les yeux couleur indigo, qu'il transmettra à sa fille Isabelle et à sa petite-fille Lucie. Bardé de diplômes. « Bien marié » à Marguerite Delaurt - bourgeoisie héraultaise du vin et des affaires immobilière... Mais la vraie vie est ailleurs. Le jour qu'à Montpellier, un Antillais, par hasard rencontré, lui propose de diriger une raffinerie à Marie­ -Galante, tout bascule. Il quitte femme et enfant. Seulement pour quelques mois. Histoire de se réaliser ! Les lettres envoyées de loin font office de lien de paternité. A défaut d'amour conjugal qui s'étiole. « Part-on loin parce qu'on aime moins ? » Quand même l'écriture cesse, l'absence devient désertion. Puis mystère. Enfm deuil. Mais sans corps présent. Le récit s'organise à la manière d'une (en) quête. Menée par Lucie qui tente de redécouvrir la figure héroïque d'un grand-père parti « aux îles ». Faisant rimer le Capestang - tête de l'étang - de ses aïeux maternels et le Capesterre - tête de la terre, et capitale de Marie-Galante - où Maurice a jeté l'ancre... Pour déchiffrer l'énigme, elle a été précédée par Isabelle, sa propre mère, dont le témoignage est fait de frustration et de colère. Refusant de comprendre que le départ de son géniteur « relevait plus de la quête de soi que de la fuite du monde ». Le dernier éclairage est celui de l'Antillais à l'origine de l'aventure. De Maurice, il brosse le portrait d'un « type visant l'éternité ». Un personnage shakespearien. Qui, comme la tête de Langlois, à la fin d' « Un roi sans divertissement » de Giono, prend, dans une explosion libératrice, la dimension de l'univers.

Michel Boissard

Un soupçon d'indigo, M. Gazier, Seuil, 2008, 18 euros  

Publié dans articles La Gazette

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