L'Ecole Normale des Morts

Publié le par Michel Boissard

 

 

Le 4 juin 1908, les cendres d'Émile Zola sont translatées au Panthéon I' « École Normale des morts » de la République (Mona Ozouf). Lequel s'avère comme toujours lieu de rupture davantage que lieu de rassemblement national. Car le transfert des restes de l'auteur de « Germinal » dans le temple dédié aux Grands Hommes, déclenche l'épisode ultime d'une affaire judiciaire, militaire, politique, commencée quinze ans auparavant par un cas d'espionnage au profit de l'Allemagne. C'est le poète libertaire nîmois Bernard Lazare, « véritable bénédictin de la vérité », qui éveille alors Zola à l' « iniquité » du siècle. La condamnation du Capitaine Dreyfus parce qu'il est juif. On connaît la suite. Le manifeste « J'accuse » (1898) dénonçant la collusion entre l'Etat Major, le Pouvoir politique et les Juges. Le douloureux processus de la Révision. 1906,l'arrêt de la cour de Cassation innocentant définitivement Dreyfus. La même année, la décision prise d'honorer « le plus grand acte révolutionnaire du siècle » (Jaurès), en inhumant Zola au Panthéon. Barrés, Léon Daudet et Maurras mèneront deux ans durant une campagne d'une rare violence contre le « pornographe » Zola, les « traîtres » et les « métèques », retardant le moment de la « panthéonisation ». Troublée finalement des coups de feu tirés par le journaliste Grégori contre Alfred Dreyfus qu'il blessera. Marquée par l'éloquence du gardois Gaston Doumergue, Ministre des Beaux Arts, célébrant la « recherche de la vérité » qui fut le dénominateur commun de l'oeuvre du créateur des « Rougon-Macquart », le premier des intellectuels modernes.

Michel Boissard

Zola au Panthéon, la quatrième affaire Dreyfus, M. Drouin, Perrin, 2008, 13,50 euros

Publié dans articles La Gazette

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