RIEN QU'UN ECRIVAIN, MAIS ASSEZ COURAGEUX !

Publié le par Michel Boissard

                           

 

On  verrait volontiers  Georges Arnaud (1917 – 1987) dans la peau du mauvais garçon d’un roman de Francis Carco. Ou en émule du parfait aventurier selon Mac Orlan. Fort éloigné du montpelliérain Henri Girard – son patronyme - né d’un père archiviste et d’une mère professeure de Lettres. Ayant fait des études à Louis-le-Grand, licencié en Droit, préparant le  Conseil d’Etat ! A vingt-quatre ans, sans savoir pourquoi ni comment,  le voici, en effet,  «inculpé de « parricide, assassinat et vol » ! Presque deux ans de préventive sous Vichy, une plaidoirie « historique » de son avocat Me Maurice Garçon, l’acquittement.  Mystère jamais élucidé, mais épreuve garantie : révolté pour la vie !   La guerre achevée, il prend le large… Venezuela, Panama, Equateur, Pérou.  Et fréquente la lie du monde : trafiquants, baroudeurs, bagnards évadés, ex-collabos. Il en tire une étonnante galerie de portraits romanesques.  Tels ce Mario et ce Jo,  interprétés au cinéma par Yves Montand et Charles Vanel, dans  « Le Salaire de la Peur »  (Palme d’Or, Cannes,1953), le film inspiré à H.G. Clouzot par le roman éponyme.  Tourné en grande partie dans le Gard entre Poulx et  la bambouseraie de Prafrance… Suivront « Le voyage du mauvais larron » et « Les oreilles sur le dos ». Radioscopie d’êtres déclassés. Autopsie de dictatures minables. Lumière sombre d’ histoires où la fraternité et l’honneur se mêlent au parfum délétère des destins ratés.  Témoin de l’instant, le journaliste Georges Arnaud dénonce -  et pour cause ! – le système carcéral (« Prisons 53 »). Dramaturge, il démonte le mécanisme des errances policières (« Les Aveux les plus doux »).  Après avoir stigmatisé la bouffonnerie tragique  de l’Occupation (« Maréchal P… »). Quoi de plus naturel  de le retrouver,  la guerre d’Algérie venue,  sur le banc  des anticolonialistes (« Mon Procès ») ! Paraphrasant Zola, on dira de lui qu’il ne fut qu’un écrivain. Mais assez courageux !

                                                                                                                         Michel Boissard

Le  Salaire de la Peur et autres œuvres, G.Arnaud, Omnibus, 2008, 28 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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