DIABOLIQUEMENT VÔTRE : JEAN GIONO.

Publié le par Michel Boissard

                                     

C’est dans les interstices d’écriture du « Hussard sur le toit » (1951), que Giono compose ces sept nouvelles. Au lendemain de la Libération, l’écrivain – emprisonné pour collaboration, après l’avoir été en 1939 pour pacifisme -  est aux prises avec « une réalité nue simple, brutale, violente, cruelle » (J.F. Durand)  Finie l’utopie généreuse du Contadour !  Place à l’enfer du monde ! Giono n’est pas devenu métaphysicien. Il  raconte à Jean Carrière que son plus grand péché est l’indifférence spirituelle… Mais le Mal  capte l’intérêt de l’auteur d’ « Un roi sans divertissement ». Et l’instinct  de destruction qui est la marque de Lucifer – comme chez Gogol ou Dostoievski. Qui fait que les habitants du vallon de l’Iverdine (« Monologue ») trompent leur ennui en jouant à se pendre…Que le fermier Alexandre a été tué car la « criminelle et impériale Augusta » cherchait à découvrir de nouvelles sensations. «Cherchez dans toute la Création : où sont les gras pâturages des hommes ? dans le sang versé. » (« Silence ») Que le narrateur de la nouvelle-titre du recueil (« Faust au village »)  simple quidam fréquentant en camion des routes de montagne, subit  la fascinante emprise d’un auto-stoppeur de rencontre, au point  d’en perdre volonté et personnalité. Pas besoin de soufre,  ni de fourches, ni de diables cornus ! Le démon sonde les reins, pénètre les cœurs, envahit les âmes.  Et maintenant, il demeure banalement en nous.

                                                                                                                            Michel Boissard

Faust au village, J.Giono, réédition, L’Imaginaire, Gallimard, 2008, 5,90 euros

Publié dans articles La Gazette

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