UNE POIGNEE DE MISERABLES ?

Publié le par Michel Boissard

                                              

                                             

 

L’enthousiasme qui dresse les juvéniles héros du film de Jacques Becker « Rendez-vous de Juillet » (1949). L’explosion de haine populaire qui accompagne, de fin-août à mi-septembre 1944, l’exécution sommaire de quelques dizaines de Kollaborateurs devant les Arènes de Nîmes… Deux visions de la Libération : l’une fictivement rétrospective,  l’autre, réelle.  La joie côtoie la tragédie. S’installe le climat délétère  de l’Epuration. Dans un essai décapant,  l’historien Jean-Paul Cointet, souligne le triple aspect politique, patriotique et idéologique de ce moment de notre histoire contemporaine. Loin d’être le fait d’une « poignée de misérables » (De Gaulle), la Collaboration révèle à elle-même la société malade de la IIIè République. Décidée par le Comité Français de Libération Nationale,  dés 1943, l’Epuration économique,   administrative, culturelle couvre une période de quinze ans – s’achevant symboliquement en 1960, par le procès  Bonnard, ancien ministre de Vichy, qui finira ses jours chez Franco ! L’ensemble des procédures aura  concerné un français sur trente – origines sociales et générations confondues. Chiffre considérable, à la mesure de la faiblesse des effectifs numériques de la Résistance. Et de la fracture provoquée dans le tissu national par la capitulation de 1940.  Les oppositions et les divisions se sont accumulées et diffusées dans  le corps social  pendant quatre ans d’Occupation. L’Epuration vise à rétablir des valeurs civiques détruites par la trahison des élites, les complicités subalternes, les délations intéressées, les lâchetés des périodes troubles. Procès symboliques : Pétain, Laval, Darnand, Brasillach – sessions des Cours de Justice et Chambres civiques pour les « petits coupables » -  femmes tondues pour « collaboration horizontale » avec les nazis ou Préfet fusillé pour « intelligences avec l’ennemi »,  tel Angelo Chiappe, dans le Gard : dans tous les cas, l’Epuration – sauvage ou légale – illustre l’implacable affrontement entre le fascisme et la démocratie.

                                                                                                                   Michel Boissard

Expier Vichy, L’Epuration en France, 1943 – 1958, JP. Cointet, Perrin, 2008, 24,80 euros

Publié dans articles La Gazette

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