CHANT PROFOND, VIE BREVE

Publié le par Michel Boissard


 

Universitaire et romancière,  Florence Delay est tombée,  adolescente, dans le « chaudron » espagnol. Durant de grandes vacances landaises, « par temps clair , entre Saint-Pierre d’Irube et Hasparren,  (elle) la voyait, (elle) la touchait presque »   l’Espagne !  Et  la retrouvait dans l’imagination lyrique du « Capitaine Fracasse », le roman de Théophile Gautier. Hommage rendu à sa formation, « Mon Espagne, or et ciel » offre deux niveaux  de lecture.  Celui de Critile – un des personnages du philosophe  Baltasar Gracian  (1601 – 1658), tout empreint d’un jugement prudent et cultivé. Qui explore à rebours - de Garcia Lorca à Calderon, de la Guerre civile au Siècle d’Or - les arcanes de  la littérature hispanique.  Celui de la passion de qui confesse qu’elle aurait été « une autre, sans la langue espagnole et ses écrivains ». Entrelacement qui nous vaut de (re) découvrir au côté de Federico, Jorge Guillen, Alberti, Aleixandre, Bergamin… Le rythme du chant profond – le cante jondo  - qui scande les jours d’une vie brève. Et Miguel Hernandez - que lui donna à lire René Char -  avec son « Vent du Peuple » : « Qui parle d’imposer un joug / à l’encolure de cette race ? / Qui peut atteler un ouragan/ l’entraver ? » Ou Machado, s’adressant  à Enrique Lister, révolté des Asturies en 1934,  chef militaire républicain en 1936 : « Si ma plume valait ton pistolet / de capitaine, je mourrais content ».

                                                                                                                  Michel Boissard

Mon Espagne, Or et Ciel, F. Delay, Hermann, 2008, 22 euros

Publié dans articles La Gazette

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