CHAQUE MOT EST UN INSTANT

Publié le par Michel Boissard


 

C’est  en se dérobant d’abord au conseil de Jean Paulhan que Georges-Emmanuel Clancier (1914) compose sa superbe autobiographie « Ces ombres qui m’éclairent » (1984-1989). A vingt ans il écrit  « Quadrille sur la tour », le roman « d’un enfant exilé pour une saison dans  un village surchargé de nostalgies et de légendes ». Et en soumet le manuscrit au célèbre nîmois « régent des lettres françaises ». Qui lui prête  « Vido d’enfant », récit d’apprentissage de son compatriote Batisto Bonnet, traduit de langue d’oc par un autre « pays » : Alphonse Daudet. Et lui suggère de parler de son enfance sans recourir au filtre de la fiction. Préférant la « métamorphose du souvenir dans l’imaginaire », Clancier publie ce premier livre chez l’éditeur algérois Edmond Charlot en 1942. Né à Limoges dans un milieu d’artisans porcelainiers, il  fait des études de lettres à Poitiers puis à Toulouse. Et rencontrera Joë Bousquet, le cloîtré de Carcassonne. A la revue « Fontaine », il fait la connaissance de Max-Pol Fouchet, ensuite de Claude Roy, Seghers, Loys Masson, Pierre Emmanuel... Quarante ans après, une douzaine de recueils de poèmes  et dix romans plus loin – dont l’inoubliable  « Pain noir » (1956-1961) – il se fait réceptif à la voix « surprenante » de l’auteur du « Guerrier appliqué ». La mémoire  s’impose à la conscience de l’écrivain avec intensité et douceur. « Chaque page est un journal / chaque mot un instant ». Voici « l’enfant double «  - quatre jours par semaine fils de petits bourgeois, les trois autres entouré de l’affection de Pépère Jules et de grand-mère Louise, un ménage ouvrier dépendant de la chocolaterie patronale voisine... Puis le « boursier de la République », « l’écolier des rêves », bouleversé par une généalogie inattendue. Qui rejoint « le jeune homme au secret » des années de formation morale et intellectuelle. Cette trilogie fait écho à un roman  de 1970, modèle d’introspection sur les thèmes de la jeunesse, de l’amour et de la mort. Portant en exergue et en titre une citation de Shakespeare : « For ever and a day. » L’Eternité plus un jour.

 

Michel Boissard

 

Un enfant dans le siècle, G.E. Clancier, Omnibus, 2008, 28 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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