EUGENE DABIT, A HAUTEUR D’HOMME

Publié le par Michel Boissard

                                               

 

De l’apprenti-serrurier ignoré, artiste-peintre méconnu, romancier célèbre de « L’Hôtel du Nord » Eugène Dabit (1898-1936), l’écrivain nîmois Marc Bernard a donné un étonnant portrait. « Il est des gens qu’on voit d’en bas, ou d’en haut (...) Avec Eugène Dabit, rien de pareil ; il était juste à hauteur d’homme, à votre hauteur. » Leur relation est faite de multiples en-commun. Une même origine modeste. Une appartenance identique au Groupe des Ecrivains Prolétariens en 1932. Des liens mutuels respectifs avec André Gide. Dabit meurt à Moscou, en 1936, durant le fameux voyage qu’y fait l’auteur de « Si le grain ne meurt ». Enfin, amoureux fou des Baléares, il initie Marc Bernard  au charme des îles dont ce dernier a fixé la lumière dans « Mayorquinas ». La réédition des nouvelles de « Train de vies » illustre leur gémellité littéraire. Fondée sur la compréhension intime de « ceux d’en-bas ». Mais chez Dabit, voix, inspiration et style ont l’humanité de  Maupassant. Lisez  « Un homme et un chien ». Un casseur de cailloux chemine vers son travail sur une route bordant une calanque méditerranéenne. Sa seule relation « humaine ». est un chien qu’il a recueilli. Et dont les contorsions séduisent une gamine de riches dont la villa surplombe le chantier où peine l’homme. Qui laissera partir l’animal vers une existence de caprices  et un prochain abandon... Sobriété d’une écriture naturaliste qui dessine au burin la tragi-comédie de vies mornes, précaires, ratées. Comme celle de l’éclusier Arthur Coquereau, célibataire minable, entôlé par une jeunesse qu’il sauve d’une prétendue noyade... Ou de « La vieille » vendeuse de journaux au métro de la Gare de l’Est qui finit par entrer volontairement dans la « vraie vie, où l’on est délivré du froid, du travail, de la faim, des hommes aussi... » « Monsieur Petitfrère », « La vieille Parque » et « Fin de vie » témoignant  à leur tour de l’intrépide sincérité  d’un écrivain qui salue, à la veille de la Guerre civile, ses frères ouvriers d’Espagne !

                                                                                                                       Michel Boissard

Train de vies, E.Dabit, Buchet-Chastel, 2008, 19 euros

Publié dans articles La Gazette

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