AIMEZ-VOUS FAUST ?

Publié le par Michel Boissard

 

 

C’est dans le cours d’une existence « sans risque » que le narrateur de ce récit déjanté et « faustien » reçoit à domicile le Diable. Jusque là il écrivait des articles consensuellement critiques dans des journaux convenus,  publiait des « romans de moeurs », « s’habillait sobrement », avait une maîtresse pour le fun, passait ses soirées devant la télé, habitait en banlieue pavillonnaire. Imaginez simplement que, comme lui,  de retour du travail, vous trouviez sur votre canapé « le corps orange d’un homme entièrement nu » surmonté de deux cornes et terminé par deux sabots. Un mondain qui accepte une tasse de thé. Vaticine naturellement sur Dieu le Père. Vous invite à préférer l’immortalité individuelle – celle du Démon - à l’immortalité trivialement matérielle qui vous unit collectivement à l’Etre Suprême. Car le Seigneur  a créé  le Ciel et la Terre  - dont vous n’êtes qu’une infime parcelle. Certes, ajoute l’ange déchu : « Dieu est lumière, mais je suis lueur. Dieu est parfait, mais je suis humain. Dieu est pour tout le monde, mais je suis pour chacun. » Comparez les avantages respectifs comme dirait l’UFC – Que choisir ?  Considérez  toutefois que la vie médiocre que vous menez facilite la pénétration du Diable dans l’intimité de votre conscience. Alors que si vous étiez héroïque... Néanmoins, protéger son quant-à-soi ou affronter le monde représente une même dépense d’énergie. Dés lors, le narrateur décide de « s’enfoncer un peu plus dans la vie monotone ». Achète une tondeuse à gazon, un barbecue et une TV haute fidélité... Et vous, que feriez-vous ?

                                                                                                                        Michel Boissard

Dialogues avec Satan , Jean-Luc Coudray, L’Amourier, 2008, 14 euros

                   

              

Publié dans articles La Gazette

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