TOUTES LES CHAMBRES D’UNE VIE

Publié le par Michel Boissard

                                                

 

Parce qu’elles sont « le lieu de nous où toute chose se dénoue » (Aragon), les chambres inspirent l’écriture littéraire. Sophie Braganti nous guide avec beaucoup de finesse vers leurs mystères de jour et de nuit.  Chambre de monastère ? « Monastère sans moine à la chapelle sans messe. Le seul culte est voué à la culture. » Corps nu de femme, allongé dans une chambre d’artiste, sous l’ objectif du photographe Joël Peter Witkin qui évoque – noir et blanc ou sépia – Bosch, Goya, Giotto,  Courbet… Chambre de Barcelone, où Picasso peint la mère malade - le médecin à son chevet -  le gris de sa chair déjà morte, et le rose joyeux de l’enfant blond que lui présente une religieuse. « D’ici peu, il fera nuit. Nuit dans la chambre. Nuit sur l’ange orphelin. » Chambre du chalet. On habite la ville, on souhaite se dépayser, alors on prend la route : direction le col de la Couillole, au dessus de Nice.  On gare le quatre-quatre devant la porte.  On ouvre les petites fenêtres aux rideaux de vichy bleu. Jeannot bricole. Les voisins grognent pour le bruit. « Je lis. Le soir, on se couche tôt. Je m’appelle Yvette. Cinquante ans qu’on fait la même chose… » Chambre froide de la maison de retraite,  où repose maintenant celle qui, à 81 ans sonnés, voulait mourir. Et qui s’imagine  post mortem. Et parle : « Je n’ai jamais aimé ça  le théâtre le rideau qui se baisse la lumière qui s’éteint. »

                                                                                                                          Michel Boissard

Chambres vides, S. Braganti, L’Amourier, 2008, 15 euros

Publié dans articles La Gazette

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