LES EAUX VIVES D’UN HISTORIEN

Publié le par Michel Boissard

 

Avant que le troisième dimanche de septembre révolu ne  transforme l’historien émérite en hors-la-loi, hommage soit rendu à Bartolomé Bennassar pêcheur de truites actif depuis au moins dix lustres . Les mémoires qu’il nous procure ont le charme  « naturiste » d’un  récit de Maurice Genevoix. Spécialement l’accent fervent de  « La Boîte à pêche » que, même les béotiens du sport halieutique, lisent avec délices...Tout commence à Lasalle, dans les Cévennes protestantes où l’austérité des paysages  ne laisse pas d’inspirer de violentes passions. Et tout débute en 1940, se poursuit sous l’Occupation, entre la Salindrinque, le Gardon de Saint-Jean, Saumane et l’Estréchure, plus loin le Chassezac ardéchois... Lieux initiatiques,  magiques, où le jeune homme découvre la malignité et la violence de la fario, ses différences de réaction avec chevesne ou vandoise, bref la personnalité historique de la truite qui mérite « d’être aimée pour elle même ». Moments uniques où le pêcheur en formation qui ira, plus tard,  jeter sa ligne du Tarn jusqu’ en Patagonie, des Alpes à la Norvège, confesse sa préférence « conservée toute (sa) vie pour les rivières du granit et du schiste ». Qui nous vaut une page superbe sur la Dourbie ! N’oublie pas  petits enfants et amis qu’il initia tant il n’est plaisir de pêche que partagé. Ni ses compagnons d’aventure, racontant l’histoire d’un sien  collègue de l’Université de Toulouse, fin lettré, qui écrivit ses « Ouvertures » à la-manière-de... Proust, Giraudoux, Queneau,  Malraux ou Céline... Un vrai régal  de l’esprit et des sens !

 

                                                                                                                      Michel Boissard

 

Les rivières de ma vie, Mémoires d’un pêcheur de truites, B. Bennassar, De Fallois, 2008 , 18 euros 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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