LES ILLUSIONS PERDUES

Publié le par Michel Boissard

 Satirique, le roman du toulousain Jean-Paul Dubois réjouira légitimement les nombreux lecteurs d’ « Une vie française » (Prix Femina 2004). Le ton de ce nouvel opus signale une alacrité d’écriture assez rare aujourd’hui. Balzacienne est également cette chronique familiale de notre époque. Lorsque meurt Charles Stern, une franche canaille portée sur la Bourse et la Chose, son frère Alexandre et son neveu Paul ne sont pas particulièrement affligés. Le premier, parce qu’il hérite d’une fortune lui permettant, à 78 ans passés, de s’envoyer la femme du défunt. Le second, indifférent à tout, simplement parce que cette disparition fracture une vie morose. Scénariste sans envergure, affublé d’une épouse maniaco-dépressive, éloigné d’enfants qui ont quitté le nid, il cherche à fuir un quotidien oppressant. L’occasion lui est offerte avec un séjour à Hollywood de travailler au remake d’un film français à la mode US significativement titré « Désarticulé » … C’est sur le double registre franco-américain que se déroule maintenant une histoire cruelle et désenchantée. Pendant que son géniteur découvre avec le fric et le sexe, les séductions de la vraie vie sous le règne de la Miga (la miette) - finalement vainqueur de la Sainte, après avoir écrasé les prétentions de Dumbo (surnoms respectifs de Sarkozy, de Ségolène et de Bayrou), Paul se frotte à l’Amérique de G.W. Bush – en route vers celle d’Obama ? – via les studios californiens. Il y rencontrera en plus de la frime érigée en mode de vie, le sosie parfait de sa propre femme, rajeunie par les vertus du Kombucha (un champignon miraculeux !). La comédie devient, à présent, aussi politique qu’humaine. Sur le vieux continent meurt, comblé d’ans et de respectabilité, ce bon Monsieur Barre… Le nouveau voit le triomphe d’une « espèce de religiosité spongieuse, de verroterie spirituelle, de macédoine sociale ». De quoi ranger, en tout cas, ses illusions au magasin des accessoires. Qui donc a dit que notre vie était faite de la même étoffe que nos songes ?

Michel Boissard Les accommodements raisonnables, J.P. Dubois, l’Olivier, 2008, 21 euros

Publié dans articles La Gazette

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