LEVER DE RIDEAU SUR LE XXe SIECLE

Publié le par Michel Boissard

 

Léon Blum le qualifie de Juste et Péguy de Saint. La figure de lumière du nîmois Bernard Lazare (1865 – 1903) surplombe  l’Affaire Dreyfus, que l’historien Philippe Oriol étudie de manière renouvelée dans une trilogie dont voici le premier tome (1894 – 1897). L’originalité de l’analyse réside  dans une quadruple approche critique des interprétations en vigueur. La force de l’antisémitisme, d’abord. Premier des  « dreyfusards », Lazare le montre dés 1896 : Dreyfus a été soupçonné, arrêté, jugé, condamné parce qu’il était juif.  Et il n’a  longtemps pas été possible de faire entendre la voix de la vérité et de la justice, car il était juif.  P. Oriol souligne la réalité militaire de l’antisémitisme assise sur un échafaudage idéologique partagé par l’opinion : juif égale déicide, étranger, adorateur du Veau d’Or – capitaliste ! - et paradoxalement révolutionnaire ! Il braque aussi les projecteurs sur le Ministre de la Guerre de l’époque : le général Mercier. Primitivement côté par les Députés, devenu en raison d’une suffisance maladive le « général de carton-pâte », il s’acharne sur Dreyfus pour recouvrer une reconnaissance sociale et politique. Dans cette galerie de culottes de peau hantée par l’esprit de la Revanche (contre l’Allemagne), le colonel Henry qui forge les faux documents du « dossier secret » accusant Dreyfus d’espionnage, apparaît comme un prodigieux manoeuvrier, égaré par la passion et dévoré d’ambition. Le rideau va se lever sur l’iniquité du siècle grâce à la presse dont le rôle de révélateur est mis en exergue. Bernard Lazare est journaliste ; Zola le sera avec « J’accuse », manifeste qui fait éclater la machination militaire et l’erreur judiciaire (1898). « L’Aurore » contre « La Libre Parole », Clemenceau versus l’antisémite patenté Edouard Drumont.  Reste, la singularité du portrait mérite le détour, la dimension sacrificielle des châtiments subis par le capitaine Dreyfus, à mi-chemin entre le procès en sorcellerie d’Ancien-Régime  et, sans anachronisme anticipateur, les méthodes terroristes staliniennes…

                                                                                                                                

                                                                                                                                    Michel Boissard

 

L’Histoire de l’Affaire Dreyfus, P. Oriol, tome 1, 1894 – 1897, Stock, 2008, 20,50 euros.

 

 

Publié dans articles La Gazette

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