CHRONIQUE D’UN « LÂCHE SOULAGEMENT »

Publié le par Michel Boissard

                                   

 

Nous sommes le 30 septembre 1938, à Munich. Cédant à Hitler acoquiné à Mussolini, Daladier, Président du Conseil français  - « le taciturne à la bouche molle » - associé avec Neville Chamberlain, Premier britannique – « Machiavel doucereux » -  signe une paix qui n’est « qu’un avorton chancreux de guerre », en livrant aux nazis une part de la Tchécoslovaquie. Telle est l’opinion d’Emmanuel Mounier, directeur de la revue catholique de gauche « Esprit ». Un débat s’engage qui traverse l’intelligentsia du temps. On en trouve le reflet dans le courrier inédit reçu par Mounier. A côté de noms illustres : l’économiste François Perroux, approbateur, François Mauriac, dubitatif, Maurice Schumann, futur gaulliste et farouchement anti-munichois (comme le communiste Gabriel Péri), voici la lettre étonnante d’une nîmoise, domiciliée 11 bis Avenue Carnot, qui porte un double nom connu de grande famille du némausais : Alice Penchinat-Nègre. Engagée,  la correspondante de Mounier exprime bien le trouble des sentiments dominants, dont Blum dira qu’ils oscillent entre « la honte » et « un lâche soulagement ».  Ce n’est pas par « amour de la tranquillité » que l’on se satisfait d’une « paix précaire, mesquine, injuste ». Mais parce que les progressistes verraient avec la guerre s’éloigner toute chance de révolution sociale. Sans doute, faut-il porter un coup d’arrêt au fascisme, mais les prétentions hitlériennes ont pour source l’absurde Paix de Versailles (1919). Quand Hitler revendiquera, demain, la Pologne – interroge Alice Penchinat – referez-vous la guerre ?  Qui est « sans illusion sur la non-guerre » concoctée par « deux dictateurs et deux représentants des puissances d’argent ». Mais lui préfère ce « Sursis » dont Sartre fit un  percutant et tragique roman vécu…

                                                                                                                              Michel Boissard

La trahison de Munich, Emmanuel Mounier et la grande débâcle des intellectuels, CNRS, 2008, 20 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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