LE GREFFIER DE L’HISTOIRE

Publié le par Michel Boissard

Du matou déserteur de Sérignan observé par l’entomologiste J.H. Fabre, à Pomponette, la chatte adultère du boulanger, créée par Pagnol, Frédéric Vitoux visite l’allègre galerie des félins célèbres de notre littérature (Dictionnaire amoureux des chats, Plon-Fayard, 2008, 24 euros). A côté de la perverse Saha, née sous la plume de Colette, de Lustrée, Fourrure et Essuie-Plume, compagnons de bureau de Malraux, on y retrouve naturellement « Bébert, le chat de Louis-Ferdinand Céline », dont il a écrit la subtile biographie, aujourd’hui rééditée. Et qui, au sens propre comme en argot familier, fut un véritable greffier de l’Histoire.  Né au hasard des rues parisiennes alentour 1935, mort d’un cancer généralisé en 1952 à Meudon - dernière demeure de Céline, retour de son exil danois - Bébert est un bon gros chat tigré, d’appétit solide, au courage indomptable, d’une inaltérable fidélité. Perdu tout jeune, hébergé par la SPA, en vente à la Samaritaine, il est adopté par l’acteur déjanté Robert Le Vigan (le colonial exalté Goupi-Tonkin, dans « Goupi Mains rouges », film de Jacques Becker, 1942). Abandonné, il sera recueilli par L.F. Céline. Devenant un formidable personnage romanesque, un incontestable héros du réel au siècle dernier. Qui a côtoyé Marcel Aymé du temps que celui-ci jouait le « Passe-muraille » à Montmartre. Et le peintre Gen Paul. Connu le tragique et dérisoire duo de la trahison Laval-Pétain lors de son exil germanique à Sigmaringen en 1944. Traversé l’Allemagne en flammes pendant l’apocalypse nazie. Témoigné – les animaux ne feintent pas – de « toutes les bassesses, de toutes les vilenies, de tous les mensonges des hommes ». Accompagné l’élan créateur de son maître, Céline, « D’un château l’autre » à « Nord »… Miroir et révélateur d’un démiurge littéraire qui continue de sentir le soufre !

                                                                                                                                                  Michel Boissard

                                                                                                                                                                

Bébert, le chat de Louis-Ferdinand Céline, F. Vitoux, Les Cahiers Rouges, Grasset, 2008, 7,40 euros

Publié dans articles La Gazette

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