L’EAU A LA BOUCHE

Publié le par Michel Boissard

Selon l’écrivain argentin Jorge-Luis Borgès, la préface serait « une forme latérale de la critique ». Jean Paulhan dirait que c’est un biais – qualité d’essence nîmoise – pour aborder une œuvre. Et Sartre parle à ce sujet de «  technique de Watson-Sherlock ». Consistant, comme le Docteur Watson le faisait pour Holmes - le célèbre détective du 221 B Baker Street, en un complaisant exercice d’admiration. Mais Pierre Bergé le démontre avec cette superbe anthologie, la préface est surtout un art de création,  où excellent  les écrivains d’ici. Jugez-en avec Homère présenté par Giono. « Je suis du côté des Troyens (…) Un soir, Troie flambera, illuminant les déserts de feux ardents, de cris et de râles. Ce que les grecs appelleront gagner. »  Ou avec Montaigne dont Gide salue l’ éthique faite de recherche et d’exigence. Car il suit sa pente, mais en montant. Ou avec Chamfort, cet esprit libre (qui finit mal sous la Révolution), en quoi Camus voit un modèle. Commentant ses « Maximes et Pensées », il distingue habilement la morale contrainte de la morale d’engagement… Ou avec Stendhal revisité par un Paul Valéry au sommet de sa plume : « Il rend son lecteur fier de l’être. »  Les écrivains d’ailleurs ne sont pas en reste : lisez le portrait du cardinal de Retz par Paul Morand. Ou bien Gracq qui magnifie un Chateaubriand « à qui nous devons presque tout ». Bref, de quoi vous mettre l’eau à la bouche !

                                             

                                                                                                                                                     Michel Boissard

L’Art de la Préface, P. Bergé, Gallimard, 2008, 22 euros

Publié dans articles La Gazette

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