LA FLEUR QUE TU M’AVAIS JETEE (Air connu)

Publié le par Michel Boissard

                                            

 

Mallarmé a raison. « Je dis rose, et se lève l’absente de tous bouquets. » Ingrid Astier, qui a composé cette précieuse anthologie sur la Reine des fleurs, interprète bien le père du symbolisme : « Apprivoiser un sujet, dirait Saint-Exupéry, c’est penser la singularité, la différence. » Car la rose n’est jamais qu’un terme générique pour exprimer une prodigieuse diversité. Francis Ponge, ce natif de Montpellier qui dort au cimetière protestant de Nîmes, l’a écrit : « C’est déjà trop qu’une rose, comme plusieurs assiettes devant le même convive superposées. » Longtemps audois de Carcassonne, Jacques Roubaud lui fait écho : « Si j’avais cinquante ans de moins / j’entendrais tous les patois / et je parlerais aux roses / aux roses rouges, aux roses roses, aux roses blanches / dans la langue originelle. » Derechef, le poète du « Parti pris des choses » lui répond : « C’est trop d’appeler une fille Rose, car c’est la vouloir toujours nue ou en robe de bal. »  Le provençal Jean Siccardi, qui a construit un roman autour de la rose Centifolia – la rose de mai – n’en finit pas de  décrypter les mystères de « cette déesse  aux mille facettes ». Elle était présente aux fresques antiques de Cnossos. Rosa Caeli, elle signifiait charité et blanche pureté. De Damas, elle fut créée par une goutte de sueur « tombant du front de Mahomet ». Mystique, elle est également faite pour l’amour. Sigognac - le « Capitaine Fracasse » de Théophile Gautier - cueille une rose sauvage, qu’il offre à  Isabelle, l’élue de son cœur, laquelle lui donne son âme en échange… Mais las, Bonaventure des Périers le constate, désabusé : « Du pourpre fin de la fleur estimée / Dont la beauté naguère tant aimée, / En un moment devient sèche et blémie / Et n’était plus la rose que demie. »  A la fin, dit Jean-Pierre Chabrol dans un de ses beaux « Contes d’outre-temps », c’est la « Rose-Requiem ». Celle dont il dispose un bouquet sur le linceul d’une trés vieille amie, et qui, rouge comme le sang, est semblable à une blessure…

                                                                                                                                       Michel Boissard

Le goût de la rose, Mercure de France, 2008, 6,20 euros

Publié dans articles La Gazette

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article