JOË BOUSQUET, « UNTEL DE CARCASSONNE »

Publié le par Michel Boissard

                                                   

 

De Joë Bousquet (1897-1950), natif du pays cathare  - Narbonne -  l’historien Marc Bloch a dit qu’il était lui-même un cathare. Un « pur ». La publication de lettres inédites (1946-1949) du poète à une jeune étudiante, Jacqueline Gourbeyre – éclaire d’une lumière neuve l’œuvre de celui qui,  infirme de guerre, érige l’écriture en  absolu générant à la fois la parole et la vie. Affectueusement surnommée Linette, la destinataire de cette correspondance est issue d’une famille de gauche - le père est un « hussard noir de la République », un de ces instituteurs chers à Péguy - « affiliée à la Maif, achetant à la Camif, lisant  Le Canard Enchaîné ».  Le premier choc  de cette bachelière qui s’apprête à faire des études littéraires ? « Les Nourritures terrestres » de Gide. L’occasion de la rencontre avec l’auteur de « Traduit du silence » ?  Peu après la Libération, à Toulouse, une exposition de peintres surréalistes, censurés par Vichy, dont le catalogue est préfacé par Joë Bousquet. Commence une amitié amoureuse entre le plus célèbre reclus involontaire de la littérature et cette « visiteuse du soir », à laquelle il va tout apprendre. Les contacts physiques étant interdits au couple, le verbe devient ce « monde du possible qui a plus d’extension que le monde réel » dont parle Proust. Et que l’écrivain recherche aussi dans l’opium… Celui qui se baptise « Untel de Carcassonne », hier « adolescent prétentieux, officier aux belles bottes, décoré comme un  bureau de tabac », maintenant qu’il est «  faible comme un enfant », livre quelques admirables pépites de son talent créateur : « Habillez-vous de ce qu’il y a de plus obscur dans votre être intérieur. » Ou, entre des considérations sur la revue « Les Temps Modernes » , un salut à Jean Ballard - fondateur des « Cahiers du Sud », une référence à Breton ou Paulhan, cet aveu pathétique de la « momie » qu’il est désormais : « Je suis uniquement intéressé par ce qui se découvre, à distance d’étoile, sur l’avenir poétique. » 

                                                                                                                                         Michel Boissard

Lettres à une jeune fille, J. Bousquet, Grasset, 2008, 17,90 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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