LES FOLIES-CALVIN

Publié le par Michel Boissard

                                                        

 

Dans les années 1920, un critique littéraire conservateur inventa l’expression « Les Folies-Calvin » pour moquer le style rigoureux et l’inspiration moraliste des écrivains de la Nouvelle Revue Française, la NRF. Il faut croire que ce censeur n’avait pas lu l’allègre, savoureux et féroce « Traité des Reliques » commis en 1543 par l’un des Pères fondateurs de la Réforme protestante, dont l’éditeur Max Chaleil nous offre l’opportune et réjouissante réédition. Si peu versé que l’on soit dans la dispute théologique, on prendra  plaisir  à ce pamphlet au comique étudié, d’une surprenante modernité. Dénonçant la pratique catholique du culte des reliques, Calvin oppose avec une intelligence aiguë l’idolâtrie du Christ, des apôtres et des saints à l’Ecriture seule (Sola Scriptura), la superstition à la Foi fondée en raison. Par exemple, à en croire Luc l’Evangéliste, Jésus - de religion juive - fut circoncis. Mais il est  cocasse que la basilique Saint-Jean-de-Latran, à Rome, de même que l’église de Charroux, prés de Poitiers,  conservent toutes deux la peau du divin prépuce… Ou que des gouttes de sang, résultant de l’opération,  recueillies par Saint Nicodème, soient pieusement présentées à La Rochelle ! Tout épisode de la vie et de la Passion du Christ  suscite ainsi, comme celle des pains dans l’Evangile, la multiplication de merveilleuses « antiquailles ».  De l’étoffe avec laquelle Jésus lava les pieds de ses disciples, on ferait plusieurs nappes de la Cène, tant les morceaux authentiques en sont nombreux !  Les gouttes  de lait maternel de la Vierge Marie, si répandues dans l’Occident chrétien, suggèrent à Calvin une  comparaison  iconoclaste avec les hectolitres produits par un troupeau de quelque cent vaches… Les restes archéologiques du Saint Suaire formeraient ensemble des kilomètres de toile. Et à rassembler les fragments de la vraie Croix, on dresserait une véritable forêt. Quant aux ossements provenant des bras de ce bon Saint-Antoine, réunis, ils dessineraient le squelette d’un géant !

                                                                                                                                                Michel Boissard

Traité des Reliques, J. Calvin, Les Editions de Paris-Max Chaleil, 2008, 13 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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