ANONYME, MOYEN EN TOUT !

Publié le par Michel Boissard

                                                                

 

Enseignant à Aix-en-Provence et à Toulouse-Le Mirail, l’historien Jean-Yves le Naour redonne, grâce à une remarquable documentation et à une plume déliée,  une identité  au Soldat inconnu de 1914-1918.  Soulignant d’abord que sur les 1 400 000 morts français  de la Grande Guerre, 350 000 sont des « morts sans sépulture ». Au sens où l’anonymat recouvre d’une  chape  la biographie singulière de ces « disparus ». Enfouis dans des fosses communes. Sommairement enterrés par les camarades de tranchée.  C’est pour  répondre à cette tragédie que le Gouvernement de la République décide, en 1920, de perpétuer la mémoire de ces Poilus. En exhumant la dépouille de huit d’entre eux – un par région de combat militaire, et en désignant un survivant chargé de tirer au sort (les yeux bandés, ce fut l’honneur qui échut au caporal Auguste Thin) le Soldat inconnu. Qu’ensuite le débat fit rage pour savoir où et comment on l’honorerait : au Panthéon (plutôt révolutionnaire d’origine) ou sous l’Arc de Triomphe de l’Etoile (plutôt militariste de tradition), importe moins que la transformation en symbole de cette humble victime de la boucherie impérialiste – pour les gens de gauche,  de ce héros patriote – pour les nationalistes et ceux de droite. Symbole géographique de la capitale, symbole historique contemporain.  Symbole universel.  Vichy l’enrôle dans le souvenir de Verdun et le soutien à Pétain. Le 11 novembre 1940,  des étudiants  communistes, socialistes, chrétiens se réunissent prés de la Flamme pour défier l’occupant nazi. De Gaulle, le 25 août 1944, l’honore avant de descendre les Champs-Elysées de la victoire. Car ce qui fait du Soldat inconnu un « garçon de chez nous », écrira le poète grand-combien Léo Larguier,  c’est qu’il fut « moyen en tout », semblable à tous ses frères de misère, « une goutte d’eau dans l’Océan de la guerre ». Dont la sépulture est, selon le romancier allemand Erich-Maria Remarque, « le dernier tombeau de l’humanité ».

 

                                                                                                                                                      Michel Boissard

 

Le Soldat inconnu – la guerre, la mort, la mémoire, J.Y. Le Naour, Gallimard, 2008, 12,60 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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