LE PRESBYTERE N’A RIEN PERDU DE SON CHARME…

Publié le par Michel Boissard

Il fut tout ensemble éditeur et essayiste. Et un irremplaçable intercesseur de la littérature populaire. Francis Lacassin (1931-2008), natif de Saint-Jean de Valériscle (Gard), n’aura pas eu le temps de signer la présentation de trois chefs-d’œuvre de l’un des maîtres - français  - du mystère : Gaston Leroux (1868-1927). Trois romans qu’il avait élus parmi une pléiade de titres devenus proverbiaux du père de « Chéri Bibi » et de Rouletabille. Dont le vénéneux « Parfum de la dame en noir ».  Et le célébrissime « Mystère de la chambre jaune ». Que l’on dissipe grâce à la clé incluse dans  cette phrase languide et nostalgique  : « Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. » Voici donc  une trilogie du fantastique social, éditée par Omnibus, dont le premier volet « Le Fantôme de l’Opéra » est à soi seul un monument quasi-patrimonial. On en connaît la trame topographique comme le soubassement culturel. Le Palais-Opéra, édifié à Paris, par Charles Garnier, qui est le théâtre mondain favori de la grande bourgeoisie et de l’aristocratie dés 1875. Un « fantôme » - en fait un compositeur de génie fou : « L’Ange de la Musique » - qui se venge des médiocrités du temps en bouleversant l’existence et les amours de la cantatrice Christine Daaé,  et en  défiant l’ordre social. Ce qui passionne à (re) lire ce beau roman noir, c’est la méthode intuitive de l’enquêteur. Révélant au lecteur ignorant que Leroux est un  grand journaliste (découvrez donc, réunis en volume, ses reportages sur « L’Agonie de la Russie blanche », Le Serpent à Plumes, 2008). Comme nous captive ce « Roi Mystère »,  en qui se réincarne, dans des bas-fonds dignes d’ Eugène Sue, la destinée d’un sosie du… Comte de Monte-Cristo ! Et comme nous saisit ce « Pouloulou », inédit publié seulement en 1990, qui recouvre - sous le titre « Le Secret de la boite à thé »  - une verdeur allègre à parcourir les chemins inattendus qui vont de la Constantinople de Pierre Loti à la Russie que sillonna Michel Strogoff…

                                                                                                                                             Michel Boissard

Romans mystérieux, G. Leroux, Omnibus, 20078, 28 euros

Publié dans articles La Gazette

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