LE NÎMOIS QUI ECRIVIT DON QUICHOTTE

Publié le par Michel Boissard

   

                                      

 

André Gide qualifiait de mise en abyme le procédé littéraire que l’essayiste Michel Lafon utilise pour révéler les travaux et les jours du nîmois qui écrivit Don Quichotte. Au centre du tableau, l’une des plus grandes plumes de notre époque : l’écrivain argentin Jorge Luis Borges (1899-1986). L’auteur  de « L’Aleph » et de « L’Or des tigres ». Qui publie en 1941 une étonnante nouvelle dont l’unique personnage fictif se nomme Pierre Ménard. Natif de la cité des Antonin,  c’est un érudit dont le titre de gloire est  d’avoir réécrit au sens littéral du mot le Don Quichotte  de Cervantès (1547-1616). Borges restitue au lecteur le visage authentique – déformé nous dit-il par les calvinistes  – de cet homme de qualité qui, en 1919, non seulement s’incorpora l’existence aventureuse de son espagnol fétiche, assimila la langue et la  culture du Siècle d’or, mais décida encore d’oublier toute l’histoire de l’Europe entre 1605 (date de publication de l’histoire de l’Ingénieux Hidalgo) et 1918… Que Ménard  échoue dans son entreprise  est moins décisif que ce que veut démontrer Borges. Le lecteur est le véritable créateur de l’œuvre lue. Reprenant le fil interrompu de cette fiction, Michel Lafon retrouve  la trace de Pierre Ménard. Qui ne serait pas, en vérité, un héros littéraire. Mais un écrivain bien réel, ayant connu en effet Borges, également Gide et Valéry. Ce serait même Ménard qui aurait  donné au poète du « Cimetière marin » les deux premiers vers de cet opus : « Ce toit tranquille, où marchent des colombes / Entre les pins, palpite entre les tombes. » Et last but not least, au cours de promenades nocturnes, avec l’un et l’autre, dans le Jardin des Plantes de Montpellier, ressuscité le rôle de son fondateur Richer de Belleval !  Le coup de génie de cet attachant roman du roman est que Michel Lafon n’en revendique pas lui-même l’écriture ! Il n’en serait que le transcripteur… Serait-ce donc que le roman crée en fin de compte le romancier ?

 

                                                                                                                                               Michel Boissard

Une vie de Pierre Ménard, M. Lafon, Gallimard, 2008, 16 euros

 

                                                   


Publié dans articles La Gazette

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