UNE VIE EN POESIE

Publié le par Michel Boissard

                                                                    

Le nouveau recueil poétique de Georges-Emmanuel Clancier pourrait porter en exergue à la fois les vers d’Aragon : «  Et j’en dirai, et j’en dirai /Tant fut cette vie aventure » et les mots de Saint-John Perse : « Grand âge, nous voici, prenez mesure du cœur d’homme. » Car l’œuvre  de  l’auteur du « Paysan céleste » (né en 1914) oscille, selon André Dhôtel, entre redécouverte du sens du mot religieux – religere :  alliance  - et soif de partager encore un monde où la beauté côtoie le désespoir. « Terre/ ta lumière / qu’elle s’étende de cercle / en cercle / sans fin / et chante. » Et aussi : « Brisée / toute plénitude / le crime / a mille noms. / Toujours / partout / le Golgotha. » Introduit par le basque Jean Cassou aux « Cahiers du Sud » en 1933, Clancier fréquente Joë Bousquet dans son exil intérieur de Carcassonne, et dans l’Alger de la deuxième guerre épouse avec Max-Pol Fouchet les combats de la revue « Fontaine ».  D’où ces « Dits de mémoire » qui parcourent « l’allée Kafka «  et « l’allée Artaud », l’ enfermement de l’homme dans les rets de la folie et l’emprisonnement des esprits par l’horreur des Pouvoirs. Qui réveillent avec Lorca la mémoire du crime : « De la corne taurine aux balles /  des tueurs, elle eut mille et mille alliés la mort… » Parsèment le chemin où l’on rencontre Apollinaire : « songe de Guillaume à Lou songeant /au long du canal de la fontaine /à Nîmes la romaine en avril » Et appellent, « de Nerval à  Joë Bousquet « héros foudroyé / mystique sans dieu », un salut à  Senghor « frère sombre / frère en majesté solaire ».

                 

                                                                                                                                                   Michel Boissard

Vive fut l’aventure, G.E. Clancier, Gallimard, 2008, 17,90 euros

 

                                      

 

Publié dans articles La Gazette

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