MAURIAC AU TEMPS DES "ETRANGES LUCARNES"

Publié le par Michel Boissard

Au bord des années 1960, le journaliste du « Canard enchaîné » André Ribaud forge l’expression « étranges lucarnes » pour qualifier le petit écran à l’orée du gaullisme triomphant. Vers le même temps, François Mauriac, Prix Nobel de Littérature et sulfureux polémiste du « Bloc Notes », se fait chroniqueur de télévision à « L’Express » et au « Figaro littéraire ». L’éditeur Bartillat a eu l’heureuse idée de réunir ces instantanés de mémoire.  Voici donc une radioscopie de la France des « sixties ». Révélatrice d’une sensibilité. Véritable régal pour l’esprit. Au « hasard de la fourchette » (titre de la rubrique), on retrouve le réalisateur Marcel Bluwal qui, entre caméra des Buttes-Chaumont et passion du Pays viganais, érige « Les Loups » de Romain Rolland en « théâtre à hauteur d’homme ».  Le trompettiste et cévenol Maurice André « qui fut mineur de fond comme l’autre Maurice (Thorez) ! » Jean-Pierre Chabrol « qui garde le ton des parleurs d’autrefois à la veillée ». La cantatrice nîmoise Régine Crespin « Admirable Elizabeth du Tannhauser… » Et « ce charmant Lawrence Durrell » sur ses terres de Sommières « si arides, si brûlées, si venteuses… » Ou le « Journal Parlé » du 13 juin 1960 qui salue la virtuosité du matador Jaime Ostos aux Arènes de Nîmes. Puis, les souvenirs de la pianiste Marguerite Long, native de la Cité des Antonin, qui fut l’élève de Debussy. Et avec des mines gourmandes de vieil acteur, Mauriac qui se réjouit du documentaire à lui consacré par le cinéaste montpelliérain Roger Leenhardt ! Diffusé – trois fois hélas – le soir de… l’assassinat du Président Kennedy !

 

                                                                                                                                                     Michel Boissard

« On n’est jamais sûr de rien avec la télévision », F. Mauriac, Bartillat, 2008, 25 euros

Publié dans articles La Gazette

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