AUX HUSSARDS NOIRS DE LA REPUBLIQUE

Publié le par Michel Boissard

                                             

 

Cévenol d’adoption, auteur d’œuvres de science-fiction, romancier de la sériciculture (La vallée de la soie),   Michel Jeury est, sans doute, notre dernier écrivain de l’école publique. Peut être le seul qui ait intimement compris l’ invocation de Péguy aux instituteurs : « Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs. Sveltes ; sévères ; sanglés. Sérieux, et un peu tremblants de leur précoce, de leur soudaine omnipotence. » ( L’Argent, 1913) Son  récent opus, à l’enseigne du Certificat d’études primaires, en témoigne avec qualité. Nous ne sommes plus au temps de Jules Ferry. Mais en 1962, l’année de l’indépendance de l’Algérie, de l’attentat  du Petit-Clamart contre le général De Gaulle,  et de la crise des fusées soviétiques à Cuba. Sur ce fond de scène historique, Michel Jeury campe les personnages de son Dernier certif …  L’examen national créé par Victor Duruy (1866) a  encore deux décennies et demie à vivre. Il sera officiellement supprimé en 1989.  Mais ce regard nostalgique  sur un « rite républicain » qui associe,  dit l’historien Patrick Cabanel,  « l’intériorisation de la norme, la discipline, la maîtrise de soi » afin de s’insérer mieux dans « un monde stable aux repères forts », nous livre  un reflet réaliste des mutations de la société,   qui  a un petit côté morale pour La dernière classe d’Alphonse Daudet… Entre Saint-André et Saint-Jean -  toponymie raïole s’il en est – nous suivons les itinéraires croisés de la jeune  rebelle Alice Bonnet - l’adolescente en crise qui remet en question l’univers qu’on lui prépare ; des enfants Chabert juste rapatriés d’Algérie, et de leurs instituteurs :  Emma Bérenger expérimentée et inquiète à la fois ; Max Condat, son remplaçant new look aimé des enfants… La ronde formée par  ce petit monde gravite autour de la question : l’avoir ou pas, le certif… Car, dans ces années-là,  note encore P. Cabanel chacun croyait savoir que l’avenir serait plus doux à ses enfants,  et que l’école portait toutes les promesses et toutes les exigences de ce bonheur futur.

 

                                                                                                                                                  Michel Boissard

Le Dernier Certif, M. Jeury, Robert Laffont, 2008, 20 euros

 

 

 

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