LE PROCES D’UN ROI BARBARE

Publié le par Michel Boissard

                                                            

 

Voici un  petit livre -  enfin réédité - qu’il faut avoir lu, ou dont s’impose la relecture. L’auteur, Jean Giono. - le romancier à l’égal de Faulkner - se fait ici chroniqueur judiciaire. Nous sommes en 1952. L’écrivain  a obtenu de suivre le procès de Gaston Dominici, fermier de Lurs  (Basses Alpes), accusé d’avoir tué par balles un couple d’anglais, Jack et Ann Drummond, et leur fille de dix ans, Elizabeth, achevée à coups de crosse… Ses notes d’audience stigmatisent d’abord la distance entre la Justice et l’Accusé.  Les mots usités par les magistrats, même banals, ne sont pas compris du présumé coupable.  «  - Le Président – Êtes-vous allé au pont ? – G. Dominici – Allée ? Il n’y pas d’allée, je le sais ;  j’y suis été. » En l’absence de preuves matérielles, le langage devient essentiel. Giono démontre ainsi l’irruption du malentendu, source possible de l’erreur judiciaire. On a présenté l’accusé comme un être  brutal, cruel, à la limite de la sauvagine – bref, un personnage de roman en velours côtelé.  Giono peint en roi barbare ce chef de clan,  tyrannique avec femme et enfants,  patriarcal, par qui « il ne faut pas se laisser impressionner »…  Car il y a le crime atroce, une enquête au goût d’inachevé,  et un verdict de mort. Même si le doute engendre finalement la grâce présidentielle.  La fin du procès est littéralement homérique : vieux roi Priam déchu, le condamné Dominici est emmené par les gendarmes. Montée sur une chaise pour l’apercevoir malgré la cohue, sa femme - surnommée la Sardine - devenue Hécube de tragédie, pleure…

 

 

                                                                                                                                                       Michel Boissard

Notes sur l’Affaire Dominici, J. Giono, Folio, 2009, 2 euros

 

 

 

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