CLAUDE SIMON OU L’ECRITURE CUBISTE

Publié le par Michel Boissard

Découvrez sans retard deux courts textes poétiques inédits du catalan de Salses – Claude Simon, Prix Nobel de littérature 1985. Par la brièveté de leurs titres, désignant la géomorphologie d’un paysage – l’Archipel - et un point cardinal – le Nord - ils traduisent une bouleversante métamorphose, marque du nouveau roman dans l’histoire littéraire : s’en tenir à la matière du monde. Car « si le monde signifie quelque chose, c’est qu’il ne signifie rien – sauf qu’il est » (Discours de Stockholm). Déformer les corps, quand il s’agit des hommes, démultiplier les perspectives pour la nature - en un mot se faire le cubiste de l’écriture. On imagine l’écrivain surplombant un entrelacs d’îles «comme si l’avion survolait une de ces peintures un de ces jeux graphiques où de droite à gauche l’une des couleurs prend peu à peu la place de l’autre l’envahissant par fractions grandissantes ». Plus loin, dans le voyage : « fin-land suo-mi : terres des marais / les imaginant peuplées de créatures fabuleuses mi-hommes mi-poissons encore comme sur ces peintures où sur le fond de chaux des lignes rosâtres dessinent des êtres traversés par une arête médiane de chaque côté de laquelle s’évasent les côtes incurvées comme les barbes de harpons ». Quand la géographie se met à ressembler à la création picturale d’un autre catalan Dali… Maintenant, le poète gagne la « capitale du Nord du froid / HELSINGFORS bleu rouge jaune terminé par un drapeau F flottant dans le vent ondulant S, HELSINKI se brisant sur le K comme ces triangles de glace fracassés par les étraves et que le gel nocturne sans doute avait ressoudés ». De l’aéroport il va vers des « squares où des messieurs solennels cérémonieux et sévères étaient assis sur des chaises de bronze vêtus de complets vestons de bronze cravatés de bronze ». Pour vite les quitter, prendre mesure du « Grand Nord superbe et sauvage » et s’entendre raconter « comment on rassemblait les rennes à travers les tempêtes de grésil à l’entrée de l’hiver »… Michel Boissard Archipel et Nord, C. Simon, Minuit, 2009, 6,50 euros

Publié dans articles La Gazette

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