TRENTE ANS DE NÎMES

Publié le par Michel Boissard

Entre témoignage et autobiographie, les mémoires relèvent d’un genre littéraire ambigüe. Essai historique, d’un côté, portrait de soi, de l’autre. Mais matériaux indispensables pour écrire d’ une période. Dans cette optique on lira avec profit le quatrième volume des Mémoires de Claude Chaminas. L’auteur nous est connu : haut fonctionnaire de l’Etat, puis des collectivités territoriales, il a été trente ans durant (avec un intermède en banlieue rouge de Paris) un acteur  privilégié comme secrétaire général, puis directeur général des services techniques de la Ville de Nîmes. De 1965 – élection de la première Municipalité Jourdan, à 1999 – date de son départ en retraite sous la Municipalité Clary, en passant par les années Bousquet (il fut révoqué pour motifs idéologiques par ce Maire de Nîmes) Claude Chaminas a  vécu de l’intérieur le fonctionnement d’une administration communale, à laquelle les citoyens sont attachés, en pleine mutation depuis la décentralisation de 1982. De retour dans la cité des Antonin, avec le changement d’équipe municipale de 1995, il narre les mille jours de ses nouvelles fonctions  en Mairie et porte un regard critique sur l’expérience inédite de gauche plurielle à Nîmes, anticipation du gouvernement de Lionel Jospin en 1997. Qu’il évoque les principales figures de l’édilité nîmoise - le trait est parfois acide, souvent juste, rarement méchant ;  qu’il traite des dossiers de gestion encore actuels – eau, inondations, déchets ; qu’il focalise de manière caustique son attention sur le microcosme administratif, Claude Chaminas refuse euphémismes et litotes, entend parler vrai et clair. Mais l’intérêt de ces Mémoires réside aussi dans le contexte de l’époque. De 1995 à 2001, date à laquelle la Droite est réélue, l’affrontement politique à Nîmes est d’une intensité, d’une force,  d’une violence même dont la scène municipale restitue l’écho fréquemment théâtral. Parallèlement, le mémorialiste  - de même que l’historien Roland Andréani dans sa  Nouvelle histoire de Nîmes, Privat, 2005 – ne surévalue-t-il pas la dimension municipale, réduisant ainsi la diversité économique et socio-culturelle de la vie nîmoise contemporaine ?

 

                                                                                                                                                   Michel Boissard

 

Un nîmois en banlieue rouge, suivi de Retour à Nîmes, C. Chaminas, L’Harmattan, 2008, 31 euros

 

    

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article