DU SANG, DE LA VOLUPTE, DE LA MORT

Publié le par Michel Boissard

 Amoureux de Valéry, homme de théâtre - il est le fondateur de La Compagnie des Arènes, Yvon Pradel est, avant tout, un poète.  Cet album en témoigne liant dans une même gerbe dix quatrains de l’auteur du Parisien, Madame…(L’Avant-Scène Théâtre, 1960) et une pléiade de photos vives, sensuelles et réalistes de Denis Mathieu consacrées aux exploits d’El Juli (Feria des Vendanges 2007).   Autour de ce thème aux accents barrésiens : le sang, la volupté et la mort qui font cortège à la Tauromachie. Les vers réguliers d’Yvon Pradel scandent la montée chromatique de la tragédie : « Dans le cirque de pierre où le soleil écrase / Tout un peuple debout, haletant de désir, / L’arène blanche attend que la souille et l’embrase / Le sang étincelant du Dieu qui va mourir.» Les prêtres  marchent vers l’autel du sacrifice  mais cette Cène (scène) respire le paganisme. « Frêles, chamarrés d’or, la tête découverte » les matadors vont  « Vers le peuple et la mort d’un geste solennel. » Et c’est d’abord une lutte. Le toro bravo s’élance « cogne, gronde »  Dans ce duel sans merci « L’homme danse, léger, de sublimes quadrilles / Avant de lui porter, mortel, le dernier coup… » Aux mots de la fin vibre quelque chose de José-Maria de Hérédia : « …sur le sable une arabesque triste…/Et l’on jette des fleurs sur les flaques de sang. »

 

                                                                                                                                                     Michel Boissard

Tauromachie, Y. Pradel, D. Mathieu, L’Atelier des Ondes, 2008, 25 euros  

 

Publié dans articles La Gazette

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