LES TIROIRS D’UN BAHUT RENAISSANCE

Publié le par Michel Boissard

                                               

 

Claude Aziza dédie au souvenir de Francis Lacassin cette édition de deux célèbres romans d’Alexandre Dumas, qui tissent la chronique populaire  de quarante années  sanglantes de notre histoire : les Guerres de Religion (1562-1598). A juste titre, car cet essayiste gardois trop tôt disparu offre, par son nom et son lieu de naissance, une clé de lecture de La Dame de Monsoreau (1846) et des Quarante-Cinq (1847-1848).  Saint-Jean-de-Valériscle signifie étymologiquement vallée du risque et Lacassin est une corruption du latin querçus, le chêne. Le goût de l’aventure et la solidité de l’arbre : voilà bien toute l’économie du premier récit ayant pour cadre la fin de la dynastie des Valois. Une nuit de février 1578, à Paris, aux abords de la Bastille, Louis de Bussy d’Amboise est sauvé d’une embuscade par la belle Diane de Méridor, dame de Monsoreau.  Une relation  amoureuse passionnée s’entrelace à la guerre civile et aux rivalités de pouvoir qui dominent le règne d’Henri III. La Saint-Barthélémy (1572) a permis d’éradiquer le parti protestant (c’était le thème du précédent Dumas : La Reine Margot, 1845). Mais voici que se réveille le complot catholique intégriste des Guise, dont l’objectif n’est autre que la prise du pouvoir royal ! Le bouffon du roi, Chicot -  un d’Artagnan du XVIe siècle - sert de fil conducteur à l’intrigue se ramifiant dans le roman suivant Les Quarante-Cinq. Qui met en scène  le conflit opposant les Trois Henri : Henri III, dernier fils de Catherine de Médicis, protégé par une garde rapprochée de gentilshommes gascons qui donnent leur nom au roman ; Henri de Guise, le chef de la Sainte-Ligue, organisation politico-religieuse suscitée par le Pape pour contrôler le Roi ; enfin, Henri de Navarre, le futur Henri IV. Très influencé par Michelet qui la voyait  telle « une résurrection intégrale du passé », Dumas nous fait aimer l’Histoire de France, à laquelle il mêle habilement situations et personnages imaginaires. On le savait avec Les Trois Mousquetaires (1844) et Le Comte de Monte-Cristo (1846). On le vérifie excellemment en revisitant ce « bahut renaissance, dont on ne se lasse pas d’ouvrir les tiroirs.. » (Antoine Blondin)

 

                                                                                                                                                Michel Boissard

La Dame de Monsoreau , Les Quarante-Cinq, A. Dumas, Omnibus, 2008, 27 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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